• "La querelle sur les méthodes de lecture est relancée" (10.01.2014)

    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/01/10/01016-20140110ARTFIG00257-la-querelle-sur-les-methodes-de-lecture-relancee.php?pagination=2

    Selon une enquête, ce sont les manuels de méthode syllabique qui réussissent le mieux aux enfants des classes populaires.

     

    Un rapport de recherche universitaire (Lecture au CP : un effet-manuel considérable, nov 2013) met en évidence l'intérêt de l'apprentissage de la lecture via la méthode syllabique.

    C'est un rapport qui pourrait relancer la traditionnelle querelle entre les tenants de la méthode syllabique - fondée sur le déchiffrage des lettres, le fameux B.A.-BA -, et les promoteurs de la méthode «mixte» semi-globale qui privilégie une entrée dans l'écrit par le «sens», partant des mots pour aller vers les lettres.

    Alors que 100.000 enfants arrivent chaque année en sixième sans savoir lire, et que la question de la lecture reste toujours très sensible aux yeux des parents, le rapport publié cet automne par Jérôme Deauvieau, professeur de sociologie à l'université de Saint-Quentin-en-Yvelines, en partenariat avec le CNRS, sur «l'effet considérable du manuel» lors de l'apprentissage de la lecture au CP apporte de l'eau au moulin des promoteurs de la syllabique.

    Les chercheurs se sont intéressés aux milieux populaires, là où l'échec scolaire est le plus élevé. Au total, 446 élèves ont été évalués en juin 2013. Ils appartenaient à 23 classes «Éclair», anciennement zones d'éducation prioritaire (ZEP) de la région parisienne.

    La majorité des enseignants (77 %) y ont adopté l'un des 23 manuels de la méthode mixte, associant méthode syllabique et méthode globale (Abracadalire ; Gaffi ; Mika ; Ratus…). Quelque 19 % des enseignants «bricolent» leurs propres supports ou combinent l'usage de deux manuels différents. Seuls 4 % ont adopté la méthode syllabique, utilisant Léo et Léa ; Je lis, j'écris. Beaucoup d'enseignants jugent en effet la méthode syllabique «trop rébarbative pour des publics populaires».

    Pourtant les résultats de l'enquête montrent que ce sont les manuels de méthode syllabique qui réussissent le mieux à ces enfants: on compte 19 points de réussite supplémentaires sur 100 aux épreuves de lecture et de compréhension.

    L'effet du manuel est «considérable». Sa contribution à la formation de la maîtrise de la langue écrite s'avère ainsi au moins aussi importante que l'impact du niveau de diplôme des parents. «Ce sont les classes dans lesquelles l'apprentissage est résolument centré sur le déchiffrage, considéré comme la clé de l'accès au sens, et organise son étude de façon progres­sive (…), l'élève pouvant déchiffrer de façon autonome ce qu'on lui propose à lire, sans recours à la lecture devinette, qui obtiennent des résultats dont la supériorité est statistiquement bien établie», est-il indiqué.

    Le «sale boulot»

    L'importance que l'enseignant accorde au déchiffrage est primordial et explique «à la fois l'efficacité supérieure de la syllabique et les différences de rendement des manuels au sein tant des méthodes mixtes que des méthodes syllabiques.»

    À l'inverse d'un «présupposé pédagogique très répandu» le manuel qui se révèle le plus efficace avec les élèves des milieux les plus défavorisés est aussi «le plus exigeant» dans l'apprentissage technique du code. Mais aussi dans ses contenus intellectuels, de par l'ambition lexicale et littéraire des textes qu'il propose à la lecture des élèves.

    Pour Jérôme Deauvieau, ces observations rappellent combien la culture professionnelle des enseignants du primaire «reste aujourd'hui fortement marquée par la thématique de la rénovation pédagogique des années 1970 et 1980». L'apprentissage du déchiffrage est souvent vécu comme le «sale boulot» de l'enseignement de la lecture, un temps soustrait à l'essentiel, le travail sur la compréhension, dont les publics populaires sont estimés avoir un besoin prioritaire. «Ce qui explique sans doute la diffusion si paradoxalement faible de la méthode syllabique dans les quartiers les plus défavorisés.»

    Certains spécialistes de la lecture comme Roland Goigoux - Apprentissage de la lecture : opposer méthode syllabique et méthode globale est archaïque (31 décembre 2013) - se sont empressés de disqualifier cette étude, pointant du doigt le fait qu'elle comparait des performances d'élèves en fin d'année sans vérifier leur niveau initial. Le sujet reste manifestement très sensible…

    « Dictionnaire des sonsDVD Apprendre à lire (CNDP, 2006) »

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