• Lecture - Apprendre à lire, oui mais comment ? (Le Soir, 14 août 2013)

    http://www.lesoir.be/298918/article/studeo/2013-08-14/%C2%A0lecture-%C2%A0apprendre-lire-oui-mais-comment%E2%80%89%C2%A0%C2%A0

    Lecture - Apprendre à lire, oui mais comment ? (Le Soir, 14 août 2013)Les études menées à l’échelle internationale ces dernières années le montrent : la Communauté française est à la traîne en ce qui concerne l’apprentissage et la maîtrise de la lecture. Si des progrès se sont fait sentir, il faut redoubler d’efforts pour parvenir, à moyen terme, aux standards internationaux.

    Publiés fin 2012, les résultats du programme Pirls (Programme international de recherche en lecture scolaire) montrent un mieux dans l’apprentissage de la lecture dans le Sud du pays. Pirls a été lancé en 2001 par l’IEA (Association internationale pour l’évaluation du rendement scolaire) et évalue les enfants de quatrième année primaire dans le domaine de la lecture. La Belgique francophone y participe depuis 2006. En 2011, 3.916 élèves belges ont pris part à cette épreuve de lecture rassemblant 45 pays. Avec 506 points cumulés, la Communauté française arrive en 32e position, avec seulement 6 points de plus qu’en 2006.

    Si la part de lecteurs précaires équivaut à 6% (-4%), la proportion de lecteurs ne dépassant pas le niveau élémentaire avoisine tout de même les 30%, alors que la moyenne des pays participants est de 19%. Quant à nos lecteurs modèles (+2%), ils restent rares : seulement 25%, contre une moyenne de 45%. Bilan de ce cru 2011 : la Communauté Française est encore bien en-dessous de la moyenne des pays de l’UE ou de l’OCDE (537 points). Une différence de 30 points qui équivaut à un retard de trois quarts d’année scolaire.

    Ces difficultés d’apprentissage et de maîtrise de la lecture en Communauté française peuvent s’expliquer. Le temps consacré à l’enseignement formel de la lecture et des stratégies de compréhension (interpréter, faire des inférences…) est encore insuffisant ; le recours à des livres longs, largement devancés par la lecture d’histoires courtes, est trop faible ; les albums pour enfants (livres plaisir) sont à tort trop rarement considérés comme un matériel didactique essentiel. Sans oublier que de plus en plus d’élèves arrivant à l’école n’ont pas le français comme langue maternelle.

    Enseignante à l’Institut de l’Angélus, à Woluwe-Saint-Lambert, Eve Van Schaftingen-Pezin, admet que le temps fait défaut. « Nous manquons de formation pour enseigner la lecture. Nos cours d’école normale devraient intégrer des notions de logopédie, etc. car nous sommes souvent démunis face aux problèmes de lecture des élèves. Nous faisons de notre mieux, avec les compétences que nous avons acquises (pédagogie générale, connaissances de l’enfant…). Une des pistes de solution serait peut-être de réduire les exigences de certains domaines pour mettre l’accent sur la lecture. »

    Le choix d’une mauvaise méthode ?

    Le débat sur les méthodes d’apprentissage de la lecture n’a cessé d’alimenter les conversations pendant plusieurs dizaines d’années. A l’heure actuelle, la plupart des spécialistes s’accordent sur la nécessité de développer de façon simultanée et en interaction toutes les compétences requises pour apprendre à lire (déchiffrer, identifier des mots, mémoriser des liens syntaxiques, comprendre, produire de l’écrit…).

    « La méthode globale et la méthode syllabique (voir ci-dessous) possèdent des qualités et des faiblesses. Leur vraie force, c’est leur interaction », développe Micheline Dispy, inspectrice au sein de la Communauté Française dans la province de Liège. « Offrir ces méthodes de manière complémentaire permet de tenir compte des différents fonctionnements des élèves ainsi que des diverses composantes de l’acte de lire ».

    La méthode mixte n’est pourtant pas la panacée. « Il n’y a pas de méthode de lecture miracle, sinon nous l’utiliserions depuis longtemps! », rappelle Ghislain Bruno, directeur d’une école primaire à Ohain, en Brabant Wallon. Et Micheline Dispy d’ajouter : « une bonne méthode est une méthode qui tient compte des besoins des apprenants, qui favorise l’acquisition de savoirs linguistiques et qui remplit l’objectif de l’enseignement : donner, construire du sens. Une bonne méthode doit aussi favoriser les progrès des élèves, c’est-à-dire leur faire comprendre les textes en profondeur, de plus en plus finement».

    D’après Patricia Shillings, chercheuse dans l’enseignement de la lecture à l’ULG, pour améliorer l’efficacité de l’enseignement de la lecture, « la FWB devrait, à l’horizon 2021, se situer dans la moyenne des pays de référence » et « diminuer la proportion de non-lecteurs à quasi 0 % en 2021, réduire le pourcentage de lecteurs précaires (niveau 1) aux alentours de 15 % en 2021 et amener la proportion d’élèves qui se situent aux niveaux les plus avancés (3 et 4) à 25 % en 2021. » Annabelle Duaut

     

    Trois méthodes sous la loupe

    La méthode syllabique/synthétique

    Mise au point au XVIIIe siècle, elle se base sur la genèse des sons de la langue parlée par assemblage de syllabes. Elle procède des parties (lettres, syllabes) vers le tout (la phrase). Elle privilégie l’apprentissage du code des correspondances entre sons et signes écrits, le fameux B-A, BA.

    Qualités : apprentissage de la décomposition des mots ; une fois les sons (phonèmes) assemblés, l’enfant peut déchiffrer tous les textes.

    Défauts : difficulté de compréhension pour quelques élèves.

    La méthode globale/ analytique

    Développée au début du XXe siècle par Ovide Decroly, elle aide les enfants en difficulté qui ne réussissent pas à lire grâce aux méthodes habituelles. Elle procède de la phrase au mot, à la syllabe puis à la lettre. Elle privilégie le sens.

    Qualités : stimulante, donne le goût de lire.

    Défauts : sollicite beaucoup la mémoire ; effets négatifs sur l’apprentissage de l’orthographe.

    La méthode mixte/ semi-globale

    C’est un mélange des deux méthodes précédentes. Elle débute par une phase d’apprentissage par cœur de mots et de phrases et se poursuit par une seconde phase synthétique avec un apprentissage traditionnel de la lettre et du son. Elle associe donc le sens au code. Depuis 2010, le rapport de l’Inspection signale que c’est la méthode la plus souvent mise en œuvre dans les classes. Elle fait l’objet d’un large consensus parmi les experts.

    Qualités : exploitation des avantages respectifs des deux méthodes d’apprentissage ; compréhension du code de la langue et du sens; envisage les divers aspects de l’acte de lecture.

    Défauts : ses détracteurs l’accusent de provoquer dyslexie et dysorthographie.

     

    Trois questions à… Robert Bernard

    Membre du Conseil du Livre au sein de la Communauté française

    Où en est la fréquentation des bibliothèques à l’heure actuelle ?

    Les derniers chiffres concernent l’année 2010 et montrent qu’environ 480.000 personnes sont inscrites dans le réseau public de lecture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, soit près de 10 %. Un chiffre stable depuis 2008. Il faut noter que les écoles représentent le ¹⁄³ des partenariats développés par les bibliothèques publiques et que près de la moitié des utilisateurs ont moins de 18 ans.

    Le livre est-il devenu le parent pauvre de la Belgique francophone ?

    Dire que la culture est le parent pauvre me paraitrait plus juste. La part relative du secteur du livre (en ce compris le réseau des bibliothèques publiques) est resté relativement constante, correspondant à quelques 4 % de l’ensemble des dépenses culturelles de la FWB.

    Comment expliquer cette situation ?

    Le livre « matériel » a perdu le monopole qui a été le sien depuis la découverte de l’écriture et surtout depuis la révolution de l’imprimerie au XVe siècle. Certes la crise du livre n’est pas nécessairement celle de la lecture : ce serait confondre contenu et canal, œuvre et support. Mais il y a bien crise de la lecture, en particulier chez les jeunes, depuis plus de dix ans, malgré diverses initiatives bien ancrées (Fureur de Lire, l’ouverture de bibliothèques vers l’extérieur, des animations etc.).

    AD

    « José Morais, L'Art de la lecture (1993)jeu lecture en autonomie (N°2 p20) »

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