• Méthodes de lecture : des « querelles de chapelle » pour les enseignants

    Le Monde | 15.09.2015 à 12h14 | Par Mattea Battaglia et Luc Cédelle

    image: http://s2.lemde.fr/image/2015/09/15/534x0/4757989_6_3cac_des-ecoliers-effectuent-un-exercice-de_7113339b5520ccaf57b767af906d1d34.jpg

    Des écoliers effectuent un exercice de lecture, à Vitrolles (Bouches-du-Rhône), en août 2012.  

    Pour beaucoup d’enseignants du primaire, le choix d’une méthode de lecture est une polémique archaïque. De l’histoire révolue… quand elle a seulement existé. « Cela s’est joué entre experts, dans les années 1980, témoigne Laetitia Bordeau, professeur des écoles à Ecouen (Val-d’Oise). Les classes, elles, ont été épargnées, même si les médias se plaisent à agiter la controverse à intervalle régulier. » Même constat d’Ostiane Mathon, qui a enseigné vingt-cinq ans au primaire avant de fonder, tout récemment, son cabinet de conseil et de formation spécialisé dans l’éducation : « Ces querelles de chapelle ont surtout impliqué les chercheurs et les éditeurs. En classe, on en est très loin… »

    Lire aussi : Vers la fin de la guerre des méthodes de lecture ?

    Dans toutes les écoles où elles ont pu enseigner, l’une et l’autre disent n’avoir jamais rencontré de « collègues ne faisant que de la globale ou que de la syllabique ». Selon elles, un instituteur un tant soit peu chevronné sait tirer profit d’approches différentes mais complémentaires, multiplier les supports et, surtout, varier les « entrées » dans la lecture et l’écriture – deux apprentissages intimement liés. Combiner le déchiffrage, l’écriture, le vocabulaire, la compréhension de textes écrits lus par l’enseignant...

    « En début d’année de CP, on fait toujours un peu de “globale”, pour que l’enfant s’approprie des mots-outils, explique Laetitia Bordeau, chargée depuis la rentrée d’un double niveau grande section-CP. On incarne la lecture, on s’invente un petit personnage… Cela permet de motiver les élèves, de les mettre en confiance. Certains seront des lecteurs confirmés en novembre, d’autres ne le seront toujours pas en avril. Le repère moyen c’est janvier, quand l’enfant se met à tout déchiffrer dans la rue, les panneaux, les pancartes. »

    Pour Julien (qui préféré conserver l’anonymat), trente ans de métier, l’entrée dans la lecture intervient aussi très tôt. « Le premier jour d’école, un texte est écrit au tableau, explique ce directeur d’une école primaire dans un quartier populaire parisien. Ce peut être une phrase aussi courte que “Aujourd’hui, c’est la rentrée” ou plus tard, par exemple, une anecdote rapportée par un élève : “Dimanche, je suis allé à l’aquarium. J’ai vu des requins.” » Intervient alors la lecture collective : une discussion au cours de laquelle les élèves mettent en commun ce qu’ils savent. L’un reconnaît une syllabe, l’autre repère un mot…

    « Le texte va nous accompagner toute la semaine, explique Julien. Il sera collé dans le cahier et, chaque jour, on va faire dessus un travail différent. » Ce travail relève aussi bien de l’écriture que de la lecture, de l’encodage (partir du son pour arriver aux lettres) que du décodage (partir des lettres pour arriver au son).

    « Apprendre à comprendre »

    Influencé par la pédagogie Freinet, Julien privilégie l’apprentissage de la lecture en se fondant sur de « vrais textes » issus de propos tenus en classe ou de livres pour enfants. Pas de manuel, donc, ni de progression planifiée à l’avance pour apprendre les correspondances entre les lettres et les sons. « Cette approche fait tout de suite travailler le code [la correspondance entre les sons et les lettres], dit-il. Simplement, ce n’est pas le code qui déclenche le travail. C’est le texte qui commande. »

    Et derrière le texte, la recherche du sens prime car, comme le rappelle Ostiane Mathon, « apprendre à lire, ce n’est pas apprendre à déchiffrer, mais apprendre à comprendre ». Un message qu’il faut aussi faire passer aux familles. « Les parents d’élèves arrivent aux réunions en ayant entendu dire ceci, en ayant lu cela… Leur peur de l’illettrisme est réelle, et leur seul repère, c’est globale ou syllabique, rapporte-t-elle. Il nous faut les rassurer : tout le monde peut apprendre à lire. » Une conviction que les trois enseignants partagent largement.

    • Mattea Battaglia
      Journaliste au Monde

    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/education/article/2015/09/15/methodes-de-lecture-des-querelles-de-chapelle-pour-les-enseignants_4757991_1473685.html#qSwpgTqAVpRq3tTy.99

    « Michel Delord dir., Ne plus apprendre à lire, écrire, compter, calculer. Proscrire toute forme de pensée cohérente (octobre 2001)15 minutes de dictée, sésame pour apprendre à lire (Europe 1, 16 septembre 2015) »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :