• Pape-Carpantier, Sur la méthode phonomimique de Grosselin (années 1860)

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    Voici le début du chapitre sur la lecture du manuel des maîtres de cours préparatoire, écrit en collaboration avec M. et Mme Delon. Les prescriptions des auteurs s'inspirent en grande partie de la méthode phonomimique d'Augustin Grosselin :

    "De toutes les études, celle qui coûte le plus à l’en­fant, qui est le plus antipathique à sa mobilité, c’est sans contredit l’étude de la lecture.

    Il n’est pas un de nous qui ne se souvienne des en­nuis et peut-être des larmes qu’elle lui a coûtés ! Certes depuis l’époque où nous passâmes par cette épreuve, de grands progrès ont été faits. L’enseignement de la lecture est devenu à la fois plus rapide et moins pé­nible. Pourtant, malgré ces progrès, l’étude de la lec­ture est encore peu attrayante; et elle se complique, surtout dans notre langue, d’exceptions sans nombre et d’étranges anomalies.

    En modifiant l’énoncé des lettres, et en supprimant l’ancienne épellation, un grand pas avait été fait.

    Comment, en effet, s’étonner des lenteurs et des en­nuis que rencontrait l’enfant dans l’étude de la lecture, lorsqu’on la lui enseignait par une méthode qui lui fait du mot le plus simple, de chapeau par exemple, un assemblage tel que celui-ci : céachacha-péeaüpô (Amalgame qui vous surprendra sans doute, en le voyant écrit pour la première fois.) ! Pour nous, ce qui nous étonne, c’est qu’on vienne à bout d’enseigner la lecture avec ce moyen. Rien ne saurait prouver davantage l’avidité et l’admirable aptitude de l’enfant à apprendre.

    L’ancienne épellation supprimée, la complication la plus considérable disparaît ; mais alors il faut sup­pléer au moyen d’analyse qu’elle réalisait. Ceci a été fait de la manière le plus heureuse par l’inventeur du procédé phonomimique : M. Grosselin (Le procédé phonomimique, si logique, si clair, rencontre chez quelques personnes certaines préventions, que l’expérience dissipe facilement. Nous croyons devoir mettre nos lecteurs en garde contre une impression non fondée, que nous avons éprou­vée nous-même au premier abord. Des personnes d’un grand sens et d’une autorité incontestable n’ont pas craint, après épreuve faite, de revenir également sur leur première opinion. C’est le fait d’expérience dont nous parlions tout à l’heure).

    Le procédé de M. Grosselin consiste à faire accom­pagner l’émission des sons, et la préparation des arti­culations, de certains rapprochements d’idées indi­qués par un mouvement de la main. [...]"

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    Manuel des maîtres, comprenant l'exposé des principes de la pédagogie naturelle et le guide pratique de la première année préparatoire

    Par Mme Marie Pape-Carpantier,

    avec la collaboration de M. et de Mme Ch. Delon.

    2e édition 1887.

    Deuxième partie - Guide pratique du cours de première année

    CHAPITRE PREMIER - DE L’ENSEIGNEMENT DE LA LECTURE

    I. Le procédé phonomimique

    De toutes les études, celle qui coûte le plus à l’en­fant, qui est le plus antipathique à sa mobilité, c’est sans contredit l’étude de la lecture.

    Il n’est pas un de nous qui ne se souvienne des en­nuis et peut-être des larmes qu’elle lui a coûtés ! Certes depuis l’époque où nous passâmes par cette épreuve, de grands progrès ont été faits. L’enseignement de la lecture est devenu à la fois plus rapide et moins pé­nible. Pourtant, malgré ces progrès, l’étude de la lec­ture est encore peu attrayante; et elle se complique, surtout dans notre langue, d’exceptions sans nombre et d’étranges anomalies.

    En modifiant l’énoncé des lettres, et en supprimant l’ancienne épellation, un grand pas avait été fait.

    Comment, en effet, s’étonner des lenteurs et des en­nuis que rencontrait l’enfant dans l’étude de la lecture, lorsqu’on la lui enseignait par une méthode qui lui fait du mot le plus simple, de chapeau par exemple, un assemblage tel que celui-ci : céachacha-péeaüpô (Amalgame qui vous surprendra sans doute, en le voyant écrit pour la première fois.) ! Pour nous, ce qui nous étonne, c’est qu’on vienne à bout d’enseigner la lecture avec ce moyen. Rien ne saurait prouver davantage l’avidité et l’admirable aptitude de l’enfant à apprendre.

    L’ancienne épellation supprimée, la complication la plus considérable disparaît ; mais alors il faut sup­pléer au moyen d’analyse qu’elle réalisait. Ceci a été fait de la manière le plus heureuse par l’inventeur du procédé phonomimique : M. Grosselin (Le procédé phonomimique, si logique, si clair, rencontre chez quelques personnes certaines préventions, que l’expérience dissipe facilement. Nous croyons devoir mettre nos lecteurs en garde contre une impression non fondée, que nous avons éprou­vée nous-même au premier abord. Des personnes d’un grand sens et d’une autorité incontestable n’ont pas craint, après épreuve faite, de revenir également sur leur première opinion. C’est le fait d’expérience dont nous parlions tout à l’heure).

    Le procédé de M. Grosselin consiste à faire accom­pagner l’émission des sons, et la préparation des arti­culations, de certains rapprochements d’idées indi­qués par un mouvement de la main.

    Cette méthode avait d’abord été destinée aux sourds-muets ; l’émission des sons était remplacée pour eux par le mouvement qui leur en offrait l’équivalent. Mais dès les premières expériences, des personnes appelées officiellement à juger cette méthode furent frappées des facilités qu’elle introduirait dans l’étude de la lecture, et engagèrent M. Grosselin à l’étendre aussi aux entendants-parlants. Bientôt après il ne fut plus possible de mettre en doute les avantages qu’elle offre aux enfants qui possèdent la faculté de l’ouïe et du langage.

    Il semble au premier abord qu’il existe une cer­taine analogie entre ce procédé et la dactylologie (langage à l’aide des doigts, l’alphabet des sourds-muets); pourtant la différence qui les sépare est capitale.

    Dans la dactylologie, chaque mouvement des doigts représente une lettre, quelque valeur que lui donne sa position, ou le caprice de l’orthographe. Dans la méthode phonomimique, au contraire, chaque geste représente un son ou une articulation, abstraction faite des lettres qui les désignent. Pour résumer en deux mots ce parallèle, nous pouvons dire que la dactylologie représente l’écriture et que la méthode de M. Grosselin représente la parole.

    Mais, dira-t-on, le geste fait double emploi avec l’émission du son, et alors une nouvelle complication se trouve ajoutée à une étude déjà trop compliquée?

    Oui sans doute le geste fait double emploi, du moins à certains égards; mais comment ce double emploi devient un avantage, comment cette complication apparente devient dans la pratique, une simplification considérable, c’est ce qui ressort clairement de l’usage, et ce que nous allons tâcher de faire com­prendre.

    Les mouvements, qui dans le procédé phonomimique représentent chacun des sons, chacune des arti­culations, éléments de la parole, n’ont pas été pris au hasard ; on s’est déterminé dans le choix par certaines analogies qui en font des procédés mnémotechniques. Sans doute quelques-uns de ces signes ne sont pas très exactement imitatifs; mais il suffit que les petits élèves trouvent une association d’idées suffisante entre le mouvement et le son qu’il représente. En cela les enfants ne se montrent pas si difficiles que nous. Quelques exemples en fourniront la démonstration.

    Le son a (quel que soit le groupe de lettres qui le représente : ah! ha! ) est l’exclamation naturelle de l’étonnement, de la surprise, de l’admiration; le mou­vement qui l’accompagne consiste ordinairement à lever la main. Dans le procédé imitatif en prononçant le son : a, on lève la main droite à la hauteur de l’épaule.

    Le son o (oh! ho!) est l’interjection qui interprète la répulsion, l’indignation. Le geste qui représente cette idée de répulsion, celui par lequel on cherche à repousser ce qui inspire l’horreur, consiste à étendre le bras droit en avant, la main prenant l’attitude qui convient à cette expression.

    Un autre exemple ayant trait à l’articulation fe (ou phe). Nous ne disons pas la lettre effe. Cet exemple est fourni par le chat dont on a excité la colère : il présente ses griffes aiguës, et fait entendre une sorte de sifflement qui peut être représenté ainsi : ff.... L’enfant, en prononçant l’articulation ff…. imite le geste du chat courroucé. Ceci vous fait sourire sans doute, mais veuillez réfléchir que l’enfant comprenant très bien ce qui est à sa portée, le geste représentatif fixe dans son esprit l’articulation dont le son est représenté. Si la mémoire vient à éprouver quelque hésitation, l’imagination de l’enfant recourt à l’association d’idées qui a dicté le choix du geste. Toute cette opération mentale se fait avec une rapidité ini­maginable, et d’une façon quasi instinctive. Telle est en notre esprit l’opération inconsciente par la­quelle, à l’aspect de certaines circonstances physi­ques, nous nous rappelons des faits depuis longtemps oubliés.

    Donc, à la mémoire de l’œil, à celle de l’oreille, le procédé mimique ajoute cette mémoire de la main, implicitement reconnue par tout le monde, et qui fait dire à un musicien : j’ai ce morceau dans les doigts. Enfin, on en appelle encore à la mémoire de l’idée, résultat des combinaisons rapides de l’intelligence.

    C’est par ce côté que le procédé de M. Grosselin se rattache à la méthode naturelle. C’est parce qu’il fait appel à tous les sens, à toutes les facultés, pour faire pénétrer l’enseignement dans l’intelligence et la mé­moire de l’élève, que nous l’avons adopté.

    Quand on entre dans les détails de la pratique, on voit ressortir d’une manière constante les avantages de ce procédé.

    Ainsi, à l’aide de l’enseignement phonomimique on peut faire commencer les exercices préliminaires de la lecture dès l’âge de trois ans. En y apportant la mesure convenable, il n’y a nullement à craindre que ces exercices fatiguent le cerveau des enfants. Avec les anciens procédés et la tension d’esprit qu’ils im­posent à l’élève, commencer de si bonne heure serait une témérité.

    Le procédé phonomimique n’exige pas l’immobilité, cause d’ennui insupportable et de souffrance physique pour l’enfant. L’attention des petits élèves, captée par l’exercice phonomimique qui met toute leur acti­vité à contribution, ne se fatigue pas, et cette étude est pour eux sans effort (Toutefois la leçon de lecture pour être fructueuse ne doit pas durer plus d’un quart d’heure).

    Rien de plus animé qu’une leçon de lecture ainsi donnée; c’est un véritable exercice de petite gymnas­tique. Tout enfant entrainé par le geste de ses camarades se met naturellement de la partie; nul ne peut s’en abstenir, comme il arrive dans ces exer­cices à haute voix où la moitié des enfants peut se taire, et son silence être dissimulé par le tapage des autres. Ici une abstention ou une erreur est aussitôt aperçue. Le maître voit d’un coup d’œil toutes les petites mains; une distraction ou une faute ne peut lui échapper. Ce contrôle est d’une telle rigueur que nous invitons l’instituteur à négliger les imperfections insignifiantes, avec la certitude qu’il ne lui en échap­pera aucune vraiment importante.

    Lorsqu’il s’agit d’assembler les sons et les articula­tions pour former des syllabes, et les syllabes pour former des mots, le procédé phonomimique offre en­core des facilités merveilleuses. Par la vue du signe écrit ou du mouvement représentant une articulation (consonne), l’enfant s’habitue à préparer c’est-à-dire à disposer les organes vocaux dans la position conve­nable pour prononcer ce qui va suivre, et à en suspendre l’émission jusqu’au moment où, au signal du maitre, il résout sur la voyelle l’articulation pré­parée. Soit, par exemple, la syllabe sa. Au signe de la main représentant l’articulation sifflante de l’s en imitant le mouvement onduleux du serpent qui se glisse, l’enfant prépare l’articulation sss...; puis au geste qui représente le son a, il prononce nettement la syllabe sa. Et comme la main indique successivement de nouveaux sons et de nouvelles articulations, il n’y a entre chacune des syllabes d’un mot qu’un temps d’arrêt extrêmement court, et l’assemblage du mot entier se fait de lui-même. La syllabe inverse, où le son précède l’articulation, est tout aussi facile; les articulations doubles ou triples sont également un jeu pour l’enfant, tant est naturelle la manière dont il les décompose. Après un temps très court, l’élève, en s’aidant des mouvements, prononce sûrement ce qu’il a analysé tout bas, et il fait cette opération avec une telle rapidité qu’il devient quelquefois difficile au maître de le suivre

    Les signes phonomimiques sont très vite appris par les enfants; deux ou trois leçons leur suffisant. Mais il faudra leur apprendre à mesure les signes écrits ou lettres. Des récapitulations et de fréquentes applications venant souvent rappeler les signes déjà appris, il n’y a pas à craindre qu’ils soient oubliés.

    Par l’emploi de ce procédé, l’étude de la lecture marche si bien, et si vite, qu’après un mois, et deux leçons d’un quart d’heure par jour, la plupart des enfants de quatre à cinq ans commencent à lire couramment,

    Une objection qui semble sérieuse au premier abord a été faite au procédé phonomimique. On a demandé si les mouvements représentant les sons et les arti­culations, et non les lettres dont se composent les mots, il n’y a pas lieu de craindre que ce mode d’enseignement ne nuise plus tard à l’exactitude de l’or­thographe.

    La réponse est facile :

    La prononciation des mots, souvent si différente de l’orthographe, nuit-elle à l’enfant sous ce rapport ? Non, évidemment. Alors les mouvements qui repré­sentent la prononciation ne sauraient leur nuire da­vantage. Il y a plus : l’expérience a prouvé que le procédé phonomimique favorise l’enseignement de l’orthographe. Les enfants retiennent d’autant mieux les lettres dont se composent les mots placés sous leurs yeux, qu’obligés de les analyser par groupes phoniques, et de laisser de côté les lettres nulles (ou muettes), en les désignant comme telles, ils les re­marquent davantage. Ce n’est donc pas le procédé phonomimique qu’il faut proscrire, c’est la routine qui induit l’enfant dans les plus grosses erreurs. Dans notre méthode de lecture nous n’offrons comme exem­ple que des syllabes orthographiées d’une façon normale. Les autres syllabes ne sont pas présentées à part; mais elles font partie des mots plus difficiles que le procédé phonomimique permet de faire lire très promptement aux petits élèves. Ainsi les déviations orthographiques non-seulement ne sont pas à craindre, mais encore elles sont prévenues.

    Quelques personnes ont fait une autre critique bien peu à sa place en cette circonstance; elles ont trouvé puéril ce procédé d’enseignement par gestes. Nous acceptons volontiers ce reproche, si c’en est un.

    Le procédé est puéril, c’est-à-dire enfantin. Mais n’est-ce pas à de tout petits enfants qu’il s’adresse? Tant mieux alors s’il est approprié à leur âge. Puisque nous ne pouvons élever d’emblée l’enfant à la hauteur de nos procédés, il nous faut descendre à la puérilité des siens, et nous ne croyons pas déroger. S’y refuser, sous prétexte de nous ne savons quelle fausse dignité, serait commettre soi-même une vérita­ble puérilité. L’instituteur qui ne serait pas capable de condescendre à l’enfance ferait bien de renoncer à l’éducation.

     

    II. Pratique du procédé phonomimique.

    Après avoir exposé les motifs qui nous ont déterminés à adopter le procédé phonomimique, il nous reste à entrer dans les détails pratiques de ce pro­cédé, en montrant comment il doit être adapté à la disposition de notre méthode de lecture.

    Les signes phonomimiques, ou mouvements em­ployés pour la lecture, sont au nombre de trente-deux ; ajournons ceux qui correspondent à des groupes de lettres : cinq correspondent aux cinq voyelles a e i o u, les quinze autres aux quinze principales arti­culations.

     

    SONS SIMPLES.

    Méthode de lecture, pages 10 et suivantes.

    Les mouvements ont été choisis de manière à rap­peler, au moyen d’une association d’idées, le son ou l’articulation qu’ils représentent. Prenons pour exem­ple le signe a (Pour toutes les explications qui suivent, voir les figures in­tercalées dans Enseignement de la lecture 1e  année, ou dans les Tableaux de lecture correspondant à la Méthode.).

    Les maîtres enseigneront à peu près de la manière suivante, en préparant leur auditoire par une courte allocution.

    « Quand vous voyez, mes chers enfants, quelque chose qui vous étonne, ou s’il m’arrive de vous mon­trer une belle chose, une grande image par exemple, vous êtes charmés et vous dites : Ah ! »

    En disant a, vous élevez la main droite à la hau­teur de l’épaule.

    « N’est-ce pas, que vous faites ainsi ? Vous dites a (répétez le geste) pour exprimer l’admiration. Et maintenant, regardez votre livre (ou le tableau), voici une image représentant une petite fille qui exprime l’admiration qu’elle éprouve. Elle fait, elle aussi, ce geste en disant : a. Eh bien, la lettre que vous voyez placée auprès de cette petite fille est un a. Dites-moi maintenant comment on exprime l’admira­tion, et quelle est la lettre que voici ? »

    Les enfants font le geste en disant : a.

    Vous passez au signe de l’e. (Faites toujours prononcer e muet comme dans le, de, te, et non pas é). Le signe de l’e se fait en posant la main sur la poi­trine, pour imiter le geste d’une personne fatiguée, essoufflée, qui respire avec effort. Donnez cette petite explication et enseignez la lettre correspondante.

    Le son o (oh!) est l’exclamation qui exprime l’hor­reur : faites, en le disant, le geste par lequel, on re­pousse un objet qui inspire de l’aversion. Expliquez ceci aux enfants, en leur faisant connaître la lettre o.

    Le son i est le son du rire enfantin. Le geste qui l’exprime consiste à indiquer avec le doigt le coin de la bouche qui se relève dans le rire. Appliquez le doigt obliquement sur la joue, de telle sorte qu’il joigne le coin de la bouche: Enseignez en même temps la lettre i.

    Enfin l’u (hu !) est l’exclamation dont le cocher ce sert pour faire marcher son cheval. Le geste qui l’ex­prime consiste à imiter le mouvement du bras qui fait claquer le fouet. Pour arriver à bien faire ce geste, prenez d’abord une petite baguette qui représentera le fouet. Quand les enfants sauront de quoi il s’agit, ils ne seront pas en peine pour vous imiter.

    Ces cinq premiers sons étant connus, ainsi que l’idée, le geste, et la lettre qui correspondent à chacun d’eux, faites faire les exercices suivants, en donnant de l’entrain à votre leçon.     

    Premier exercice. Comment exprime-t-on l’admiration ?

    Comment exprime-t-on l’horreur ?

    Comment imite-t-en la fatigue ?

    Comment imite-t-on le cocher ?

    Comment indique-t-on le rire ?

    Les enfants devront répondre tous ensemble de la voix et du geste.

    Deuxième exercice. Vous faites le geste sans parler; les enfants vous imitent en prononçant la voyelle.

    Troisième exercice. À votre tour vous prononcez le son en indiquant la lettre, et ce sont les enfants qui font le geste en prononçant le son.

    Quatrième exercice. Montrez avec une baguette les cinq voyelles, dans leur ordre alphabétique d’abord, puis sans aucun ordre. Les enfants prononcent et font les mouvements à mesure que vous indiquez les let­tres. Ceci doit se faire avec un certain rythme, au coup de baguette légèrement frappé sur le tableau. Les premières fois il y aura un peu d’indécision, mais bientôt vous aurez la satisfaction de voir vos élèves faire les mouvements, et prononcer les sons, avec netteté et assurance.

    Cinquième exercice. Vous prononcez la voyelle. Un enfant (pris à tour de rôle) indique sur le tableau avec la baguette la lettre correspondante. Les autres répondent de la voix et du geste, et reprennent leur condisciple s’il se trompe.

    Si une leçon vous paraissait insuffisante pour tous les exercices, divisez-les en deux ou trois séances.

    Ce qui importe, c’est que vous arriviez à les faire exécuter exactement et rapidement.

    Quand ceci sera obtenu vous passerez aux consonnes. Chaque leçon ajoutera cinq ou six nouveaux si­gnes, mais avant de les introduire il sera bon de commencer par la répétition des signes et mouve­ments préalablement enseignés.

     

    ARTICULATIONS SIMPLES EXPRIMÉES PAR UNE SEULE LETTRE.

    Méthode de lecture, pages 12 et suivantes.

     

    Voici maintenant une très importante observation. Les consonnes n’ayant pour ainsi dire pas de sonorité par elles-mêmes, on ne peut les faire bien sentir qu’en les résolvant sur un son. Le son qu’il faut choisir pour cela, comme étant le plus sourd, c’est l’e muet, et encore faut-il insister fortement et longuement sur l’articulation. Exemple : sssse, rrrre.

    Il est très important d’accentuer ainsi fortement l’articulation, et de rendre presque nul le son de l’e muet que l’on est contraint d’employer. C’est en faisant prendre cette habitude de bonne heure que l’on facilitera la syllabation, et surtout l’énoncé des syllabes inverses qui offre une certaine difficulté.

    La consonne p (forte labiale explosive – note de bas de page : La classification des Voyelles et des consonnes est exposée avec détail dans le Manuel de seconde année.) se repré­sente en imitant le geste d’un enfant qui, ayant posé sur sa main une plume, souffle pour la déplacer, en faisant entendre une légère explosion des lèvres ppp....e. Expliquez ainsi ce geste, et faites connaître la lettre à laquelle il correspond.

    Le b (douce labiale explosive), prononcez bbbb….e, rappelle le beuglement du bœuf. Le mouvement qui le représente consiste à placer la main fermée à la hau­teur de la tempe, en la touchant du pouce, pour indi­quer l’endroit qu’occupe la corne du bœuf. Expliquez ainsi le geste.

    Le t (forte dentale explosive). En prononçant te, on rappelle le tic-tac d’un balancier. Pour représenter cette consonne placez la main droite ouverte dans un plan vertical, et agitez-la de droite à gauche en indi­quant d’une manière rythmée le mouvement du ba­lancier d’une horloge. Expliquez ainsi ce geste.

    Le d (douce dentale explosive) s’indique en posant la main droite sur la poitrine dans une position hori­zontale, en imitant le geste d’une femme qui couche un enfant sur son bras pour l’endormir en lui chan­tant : do do. Rattachez le geste et l’articulation d à cette idée.

    Le f (forte labiale soufflante) est le bruit que fait entendre le chat irrité qui lève sa griffe. Imitez ce mouvement en présentant les doigts courbés, Ratta­chez le geste â cette idée et prononcez : ffffe.

    Le v (douce labiale soufflante), prononcé vvvv....e, rappelle le bruit d’un oiseau qui s’envole. Imitez le vol de l’oiseau en élevant le bras dans l’espace et prononçant en même temps : v.

    Le s (forte dentale sifflante), prononcez ssss....e,

     

    imite le sifflement du serpent : le geste qui y correspond, représente le mouvement onduleux du reptile. Pour l’exécuter, posez la main étendue horizontale­ment (sans écarter les doigts), à la hauteur de la poi­trine, puis avancez-la en serpentant.

    Le z (douce dentale soufflante), prononcez zzz....e, rappelle le bruit du zéphyr dans le feuillage. Le signe mimique par lequel les sourds-muets ont coutume de représenter un arbre, consiste à lever la main droite, jusqu’à hauteur d’épaule, en écartant un peu les doigts ‘ et les agitant pour simuler le feuillage agité par le zéphyr. Faites de même, rattachez le geste à cette idée.

    Le c dur (forte explosive palatale, c’est-à-dire prononcée avec le palais). Il est nécessaire de faire prononcer d’abord ke, réservant pour plus tard les cas où le e s’adoucit et se prononce se. Le c dur est l’articulation que l’on démêle dans le cri du coq. (Remarquez que dans le nom de cet animal l’articulation c ou ke est répétée deux fois.) On rappelle cette idée en plaçant la main ouverte sur le front, de manière à simuler une crête, ou du moins à en désigner la place. La crête rappelle le coq, et celui-ci l’articulation c (dur).

    Le g dur (douce explosive gutturale) est le bruit de la respiration entrecoupée, étranglée par l’angoisse. Il se désigne en posant le doigt sur le gosier.

    Le r (linguale vibrante), prononcez rrrr….e, rap­pelle le bruit d’une roue, imitez avec la main le mou, veinent de la roue qui tourne.

    Le l (linguale liquide), prononcez llll….e, le bruit de l’eau qui coule dans le lit d’un ruisseau paisible. Le geste qui l’exprime consiste à étendre horizontalement la main, en allant de gauche à droite, pour imiter l’eau qui se répand sur une surface ni­velée. Ce mouvement est pour ainsi dire la traduction du mot liquide qui sert à caractériser la consonne l.

    Le m (douce labiale nasale), prononcez mmm...e, imite le mugissement sourd d’une vache. On rappelle l’idée de la vache en simulant l’action de traire. Le geste consiste à fermer à demi la main, en la faisant descendre un peu.

    Le n (nasale explosive), prononcez nnn…e, est la consonne nasale par excellence. Rappelez ceci en po­sant le doigt sur la narine.

    Le j (palatale soufflante douce), prononcez jjjj….e, est le bruit de l’eau qui jaillit d’un jet d’eau. On rap­pelle cette idée en désignant du doigt la direction d’un jet d’eau qui s’élève. Faites ressortir cette ana­logie.

     

     

     

    REMARQUE ESSENTIELLE

    Ne perdez jamais de vue que le geste représente le son ou l’articulation prononcée et non pas la lettre écrite. Ainsi le geste employé pour le son o ne repré­sente pas exclusivement la lettre o, tuais le son o de quelque manière qu’il s’écrive oh ! eau, au, etc. De même le geste employé pour l’articulation gue ne représente pas exclusivement la lettre g puisque, dans le cas où cette lettre se prononce comme un j, on emploie le signe j et non le signe g. Ainsi que nous l’avons déjà dit, la phonomimie représente la parole et non pas l’écriture. Si jusqu’ici chaque geste n’a été mis en regard que d’un seul signe écrit, c’est que, au début, nous avons dû choisir d’abord les sons et les articulations simples représentés par une seule lettre.

    Après avoir enseigné l’idée et le geste qui se ratta­chent à un signe écrit, vous devez faire exécuter les exercices suivants; analogues à ceux que nous avons précédemment indiqués.

    Premier exercice. Comment exprimez-vous l’horreur? l’admiration ? — la fatigue ?

    Comment imitez-vous le rire?

    Comment fait-on pour faire voler une plume? — partir un cheval? etc. De telle sorte que tous les mou­vements connus soient passés en revue. Les enfants doivent vous répondre de la voix et du geste. Ayez toujours soin d’alterner l’ordre des questions.

    Deuxième exercice. Énoncez le son ou l’articula­tion, et que les enfants le reproduisent de la voix et du geste.

    Troisième exercice. Faites les mouvements sans parler, et que les enfants répondent de la voix. Puis répétez cet exercice en nommant, et que les enfants répondent du geste.

    Quatrième exercice. Faites désigner de la voix et du geste les signes que vous indiquerez au tableau. Puis prenez un enfant parmi les plus intelligents, et faites-lui désigner sur le tableau, avec la baguette, les lettres que vous lui demanderez par le geste et la voix alternativement.

    Quand. les lettres et les signes de la main seront devenus familiers aux enfants, et qu’ils répéteront sans hésitation tous ces exercices, l’instituteur devra commencer l’enseignement de la syllabation.

     

    Méthode de lecture, pages 17 et suivantes.

    Nous abandonnons pour un instant le commentaire suivi de la méthode, afin de mettre immédiatement nos lecteurs au courant des procédés dont ils devront user avec leurs élèves,

    À l’aide du procédé phonomimique, la syllabation, qui consiste à joindre un son à une ou plusieurs articulations, est chose tellement simple, que les élèves ne sont aucunement embarrassés pour la pratiquer, aussitôt que la manière d’exécuter cette opération leur a été expliquée. C’était là, dans les anciennes mé­thodes, le nœud gordien de l’enseignement de la lec­ture, et c’est même en cela presque uniquement que consiste la lecture proprement dite. L’instituteur, avant d’en venir à l’exécution des mots, devra en figu­rer les différentes parties à l’aide des mouvements,

    Supposons d’abord le cas le plus facile, celui où une articulation simple est jointe à une voyelle simple aussi ; soit le monosyllabe sa.

    Exécutez le s en l’accompagnant du sifflement de la consonne ssss.... (et non pas se); puis immédiate­ment, sans aucune suspension, portez la main à la position qui indique le son a. À ce moment le souffle de la consonne tombe sur le son a, et forme : ssss...a. Répétez cet exercice sur les syllabes rrr….a, jjj….a, fff…a, zzz….a, etc.

    Après quelques instants vous serez habitués à cette association de gestes et de sons.

    Vous abordez ensuite les explosives b, t, d, etc. Au geste qui représente l’articulation, vous disposez les organes vocaux dans la position qui prépare l’émis­sion de la consonne, et au moment où le geste de la voyelle s’exécute, vous prononcez la syllabe. Exemple : b…a, t....a.

    Il faut que les deux mouvements se succèdent sans interruption sensible, et cependant sans se confondre l’un avec l’autre.

    Avec un peu d’habitude vous arriverez à exécuter les mouvements sans y songer, absolument comme vous parlez sans songer aux mouvements que votre bouche exécute.

    L’instituteur devra s’exercer sur toutes sortes de syllabes, afin de s’habituer à lier ensemble tous les gestes phonomimiques. Mais quand il s’agira d’enseigner les enfants, il n’en sera pas de même. Ceux-ci devront être exclusivement exercés d’abord sur les syllabes que nous indiquons dans notre livre de lec­ture, et qui sont des mots monosyllabes régulièrement orthographiés.

    Pour préparer l’articulation il faut disposer la lan­gue et les lèvres en même temps que faire le mouvement qui la représente, puis la faire tomber nette­ment sur la voyelle, en supprimant toute trace d’e muet.

    Pour habituer l’enfant à assembler nettement l’ar­ticulation et le son, il faut lui faire remarquer que le premier temps d’une action est un mouvement préparatoire; dites-lui, par exemple : « Quand vous voulez lancer une pierre, votre premier mouvement est de tendre le bras; le second mouvement, de lancer la pierre. Quand vous voulez sauter, votre premier mouvement est de plier les genoux; le second, de vous élancer. Eh bien! quand vous voulez prononcer une syllabe, il faut aussi faire un mouvement prépara­toire : au premier temps, vous disposez vos lèvres et votre langue sans rien prononcer; puis au second temps vous prononcez l’articulation et le son réunis, en faisant les mouvements qui y correspondent, » Pour rendre ceci plus facile, vous indiquez le premier temps par deux petits coups de baguette; le second, par un seul coup un peu plus fort,

    Quand il s’agira de passer des monosyllabes aux mots composés de plusieurs syllabes, aucune diffi­culté nouvelle ne se présentera. Soit par exemple le mot demi; faites l’un après l’autre les quatre mouve­ments en préparant chaque articulation de manière à la faire tomber sur la voyelle désignée par le geste suivants de-mi, sans faire de pose entre les syl­labes,

     

    ARTICULATIONS SIMPLES,

    SYLLABES INVERSES.
    Méthode de lecture, pages 19, 20, 24.

    Les syllabes dites inverses n’offrent pas plus de dif­ficulté que les syllabes directes. L’enfant doit pro­noncer la voyelle au premier mouvement, et prolonger le son jusqu’à l’articulation que le second désigne : a....rrrr, o....ffff, etc.

     

    DIFFÉRENTS SONS DE L’E.
    Méthode de lecture, pages 21 et suivantes.

     

    Jusqu’ici aucune exception n’est venue entraver notre marche. Nous voici maintenant en présence d’une complication qui n’est une difficulté que pour l’enfant. L’é fermé et l’è ou è ouvert (on appelle ainsi ces différents sons de l’eparce que la bouche doit être fermée ou ouverte pour les prononcer) nous présentent la première complication orthographique, celle d’un signe unique servant à représenter plu­sieurs sons différents, avec la seule modification de l’accent qui le surmonte. Dans la lecture phonomimique l’é et l’è, représentant un autre son que l’e muet, sont figurés par un autre mouvement, puisque c’est au son et non à la lettre que le signe de la main correspond.

    L’é ou L’è se représentent par le même mouvement légèrement modifié. C’est le signe et le son qu’on em­ploie naturellement pour appeler une personne éloi­gnée hé ! (ou hè !), Le geste se fait en portant la main, par un mouvement arrondi, à la hauteur de l’épaule du même côté, et la main tournée vers le corps. L’é (fermé) se représente avec les doigts recourbés, l’è (ouvert) avec les doigts étendus.

    Enfin l’e est encore susceptible d’une nouvelle mo­dification. Il est absolument nul à la fin des mots, et même dans le corps de certains mots.

    Puisque nous ne prononçons pas l’e final des mots mère, père, pourquoi le faire prononcer dans l’épellation? L’enfant a peine à reconnaître les mots ainsi défigurés, et cette prononciation devant être abandonnée plus tard, pourquoi l’introduire ? Qu’est-ce donc qu’un pè-reu ? qu’est-ce donc qu’une fê-teu ? se demandent les enfants. Si l’e final est précédé d’un son voyelle, c’est bien pis encore ; que dites-vous de ces mots par exemple une oi-eu (une oie), une (épé-eu (une épée) ? En reconnaissant pour nul l’e final, nous évitons cet effet ridicule. D’ailleurs tant de lettres sont nulles en français, surtout à la fin des mots, qu’il ne faut pas craindre de commencer de bonne heure à faire comprendre à l’enfant que certaines lettres ne doivent pas être prononcées.

    Toute lettre nulle, quelle que soit sa position, ne donne lieu à aucun mouvement; ainsi, en figurant le mot arme, vous faites simplement les trois gestes a…r…m. Quand vous ferez lire ces mots aux en­fants; après leur avoir fait bien comprendre que l’e final sans accent ne se prononce presque jamais (excepté dans les monosyllabes le, me, te, etc.), vous faites lire avec les mouvements et ajouter, sans mouvement a…r…m  — et ajouter, sans mouvement, —  e « nul !». Plus tard, quand cette notion sera devenue familière aux enfants, vous supprimerez cette dernière énonciation.

     

    SON SIMPLE.

    Représenté par deux lettres. - Méthode de lecture, page 25.

     

    Voici un son nouveau pour l’enfant : ou, et ce son est écrit par deux signes, quoique ce soit un son simple. Ce son ressemble au hurlement du loup; pour rappeler le loup, les enfants simulent l’action de mordre le bord de leur main placée en travers de la bouche. Dans le cours des exercices on pré­sente simplement la main horizontalement devant la bouche.

    Montrez le groupe de lettres auquel ce mouvement correspond, en faisant en sorte que l’enfant lise d’un coup d’œil ou et non séparément : o — u; puis passez aux exercices.

     

    VOYELLES NASALES.

    Méthode de lecture, page 26.

    Agissez de même pour les quatre voyelles nasales an, in, on, un. Voici la description et la signification des mouvements :

    An, rappelle l’effort, le gémissement que laissent échapper les lèvres contractées d’un charpentier abaissant une lourde hache. Vous devrez expliquer ceci aux enfants; le geste se fait en repliant l’avant-bras sur le bras et tenant la marin fermée.

    In : l’effort du boulanger qui bat la pâte dans le pétrin. Le garçon boulanger chargé de cette manipulation porte le nom expressif de geindre. Le mouve­ment se fait en abaissant la main de toute la longueur du bras.

    on : hon ! c’est une sorte d’interjection très usitée en vieux français, et assez habituelle aux personnes qui ont l’ouïe paresseuse; cela signifie : « Je n’ai pas entendu, répétez. » Le mouvement familier aux per­sonnes un peu sourdes consiste à placer la main re­courbée derrière l’oreille, pour concentrer le son et la diriger dans le conduit auditif.

    Un : hun! ou hum ! interjection qui exprime le doute, le soupçon. Le geste qui l’accompagne consiste à placer le doigt levé à la hauteur du visage, avec une expression rappelant celle d’une mère qui sus­pecte le silence de son enfant, et lui exprime son doute.

    Am, im, om, um, se prononcent comme an, in, on, un, et par conséquent se figurent par les mêmes mouvements. Les cas où ils se prononcent autrement sont les moins nombreux ; nous en parlerons plus loin.

    Afin de rendre tout ceci plus clair, et de faire mieux saisir la manière d’exécuter les mouvements, décomposons le mot bouton, qui contient le son ou et la voyelle nasale on, représentés chacun par un seul geste : b-ou-t-on.

     

    ARTICULATION DOUBLE.

    Représentée par une seule lettre, page 28.

    La progression que nous avons adoptée amène ici la lettre x. Cette lettre avait été écartée par nous du tableau des consonnes, car bien qu’elle soit une lettre unique, elle représente les deux articulations composées : ks, gz.

    L’articulation sifflante ks.... est le bruit que l’on fait pour exciter la colère d’un chien.... Le geste qui l’accompagne consiste à allonger les deux premiers doigts en faisant parcourir à la main une ligne trans­versale de droite à gauche. Le signe de l’articulation composée gz se fait avec un seul doigt.

     

    ARTICULATIONS DOUBLES.

    Méthode de lecture, page 29.

    Les articulations composées n’offrent aucune diffi­culté. Il suffit de faire suivre sans interruption les mouvements qui les représentent. Exemple : b.r.inp.l.an. Ceci n’est qu’un jeu pour les enfants.

     

    SONS SIMPLES.

    Représentés par deux lettres, page 32.

    Les signes au, eu, ai, ei, et équivalant aux signes o, e, è, se représentent par les mêmes mouvements. Il y a bien une différence entre l’e de me, te, et le eu de feu : mais elle n’est pas assez considérable pour qu’on ait cru devoir indiquer un mouvement spécial. Vous ferez sentir cette différence en prononçant, mais le même mouvement servira pour ces deux formes d’écriture, avec cette modification que, pour eu, la main posée sur la poitrine aura les doigts écartés.

    SON SIMPLE.

    Signes équivalents, page 33.

    L’y (i grec) doit être considéré comme équivalent d’i. Vous le donnerez aux enfants comme une autre forme d’i particulière à la Grèce. Le même geste est affecté à l’i et à l’y se prononçant i. Puisque l’y est un i, yn et ym se prononcent comme in et ym. Cette conclusion est fort bien comprise par les jeunes élèves. Nous verrons plus loin le cas où l’y est employé pour deux i.

    ARTICULATIONS SIMPLES.

    Emploi différent d’un même signe, page 34.

    Quand vous serez arrivés à l’explication du c et du g, se prononçant s et j, devant e, i et y, vous expli­querez que, dans ce cas, ces deux lettres se représen­tent par les mêmes signes de la main que l’s et le j.

     

    MODIFICATION DE L’E.

    Méthode de lecture, page 35.

    La difficulté de la page suivante e fermé ou ouvert, c’est-à-dire rendu sonore par l’influence de l’articulation qui suit dans la même syllabe, est purement une difficulté de lecture, qui ne change rien aux mouvements. Puisque fer se prononce comme s’il y avait fèr, vous le représentez de même : f è r. — Nous ré­pétons que l’articulation n’agit sur l’e que lorsqu’elle appartient à la même syllabe.

     

     

    SONS COMPOSÉS.

    Méthode de lecture, page 36.

    Les sons composés de deux voyelles se prononçant presque d’une seule émission de voix, ne donnent lieu à aucune difficulté : les deux mouvements de la main doivent se suivre sans interruption, voilà tout.

     

    SON COMPOSÉ

    Oi, se prononçant oua, page 37.

    Il n’en est pas ainsi du son oi (roi, loi, etc.). Ce son est encore un son composé; mais au lieu d’avoir retenu la prononciation des deux lettres qui le repré­sentent : o i, il se prononce comme s’il était écrit o a (ou ou a); cette exception a motivé un mouvement spécial.

    Le son oi est l’onomatopée, c’est-à-dire l’imitation approximative de l’aboiement du chien. Le geste rappelant l’idée du chien, consiste à faire mouvoir les doigts de manière à simuler le mouvement des pattes de devant de l’animal qui court en aboyant.

     

    ARTICULATIONS SIMPLES.
    Signes équivalents, page 38.

    Les signes équivalents k, q, qu, répondant à l’articulation c (c dur), sont une difficulté inhérente à la lecturee, mais n’ajoutent rien au procédé phonomimique. Ces quatre signes c (dur), k, q, qu, se représentent par le même mouvement. De même que gu se pro­nonçant comme g dur se représente comme lui.

     

    LETTRE PRINCIPALEMENT ORTHOGRAPHIQUE.
    H nul (comme prononciation), page 39.

    L’emploi de la lettre h dans la langue française est de séparer certaines syllabes qui s’élideraient, et de faire hiatus, c’est-à-dire prononciation séparée. Exemple : le hameau, la haie; sans l’h, on devrait dire l’ameau, l’aie. Tel est le rôle de l’h nommé h aspiré. Dans la déclamation, l’h dit aspiré représente en effet une aspiration, c’est-à-dire un effort explosif de la voix : la honte. Dans le langage ordinaire, cette aspi­ration est peu sensible, ou même absolument négli­gée. L’h est encore employé pour former les groupes ch, ph, etc. Hors de là l’instituteur devra se contenter de faire considérer l’h comme une lettre nulle dans la prononciation; il lui fera donner ce nom, se réservant pour plus tard de faire comprendre la distinction de l’h muet et l’h aspiré. Cette lettre étant considérée comme nulle, n’est représentée par aucun mouve­ment.

     

     

    ARTICULATIONS SIMPLES.

    Représentées par deux lettres, page 40.

    Le ch et le gn sont deux articulations simples, quoi que représentées par deux lettres; il faut donc, pour chacune d’elles, un geste spécial.

    Ch, articulation forte (palatale sifflante), est le bruit léger que laissent passer la langue et le palais quand on impose silence. Le geste qui accompagne naturel­lement cette articulation consiste à poser l’index sur les lèvres.

    Gn (articulation palato-nasale) rappelle la plainte d’un enfant grognon, rechigné, suivant une vieille ex­pression française très imitative. Cette articulation se représente en portant le doigt au coin de l’œil pour indiquer les pleurs.

     

     

    ALPHABET DES MAJUSCULES.
    Méthode de lecture, page 41.

    La série des exercices de la méthode amène ici les majuscules. Il est temps de les faire connaître à l’en­fant. On peut employer le procédé phonomimique comme pour les caractères précédents.

     

     

    SONS SIMPLES

    Représentés par plusieurs lettres, pages 43 et 44.

          Les signes em et en, équivalents à an, se représentent de la même manière. Aim, ain, ein, se prononçant in, se représentent par le même mouvement que in.

     

    ARTICULATIONS SIMPLES.

    Signes équivalents, page 45.

    Les signes équivalents ph (fe) et ç (se) se tradui­sent par les mêmes mouvements que f et s.

     

    SON SIMPLE.

    Représenté par plusieurs lettres, page 46.

    Le son mouillé que nous écrivons en français de deux manières différentes : par ill (paille) et par y (payen), se prononce : ye (yeu), sans faire décomposer. -Cette observation s’étend à tous les autres groupes de lettres exprimant un son ou une articulation uni­que. Les mots : fille, taille, rouille, veille, doivent donc se représenter comme :

    Fi-ye, ta-ye, rou-ye, -ye,

    Le son ye est l’onomatopée des pleurs d’un enfant. Le geste consiste à montrer le coin de la bouche comme pour le rire, seulement, le rire relève le coin des lèvres, et les pleurs l’abaissent : le doigt sera donc posé de manière à indiquer cette différence, ainsi qu’on le voit sur le dessiné

     

    ARTICULATION SIMPLE.
    Signes équivalents, page 47.

    Quand l’s prend le son de z, représentez-le par le mouvement correspondant à l’articulation,

     

    SON SIMPLE.

    Représenté par deux lettres, page 49.

    Er et ez se prononçant é à la fin des mots, offrent une difficulté de lecture. Faites analyser de la manière suivante : aimer, è m é, sans faire mention de l’r ou
    du z. L’e se prononçant é ou è, dans ces cas sera représenté par le même mouvement que é ou è.

     

    ACCENTS CIRCONFLEXES.
    Page 50.

     

    Les accents circonflexes ne changent rien aux mouvements. L’ê se représente comme l’è. Les autres
    longues â î ô û etc., se représentent comme a i o u ; seulement le geste doit être exécuté plus lentement.

     

    SONS COMPOSÉS.

    Représentés par plusieurs lettres, pages 60 et 61.

    Feuilletons quelques pages de notre méthode de lecture, et passant les exercices de phrases, examinons les dernières complications orthographiques. Les sons composés iau, ion se représentent par deux mouve­ments : i-au, i-on, etc. Ces deux mouvements doivent être exécutés rapidement et n’en faire pour ainsi dire qu’un seul. Pour le son composé oin, la main, après avoir pris la position indiquant o, s’abaissera, sans in­tervalle sensible, pour représenter le son in.

     

    LETTRES REDOUBLÉES.

    Sans influence sur la voyelle qui précède, page 62.

    Les lettres redoublées n’offrent pas de difficulté. Remarquons cependant qu’il ne faut pas diviser ainsi flam-me (ce qui ferait flan-me), mais bien fla-mme.

    Ne faisant entendre qu’une seule articulation m, vous ne devez représenter cette articulation que par un seul mouvement.

    Homme est encore un mot que notre orthographe complique, et que le langage phonomimique réduit à ses éléments les plus simples; représentez-le comme s’il était écrit : o m.

    De même pour l’n redoublé dans les mots tels que donné, qu’on représente comme s’il y avait do-nné.

     

    T SE PRONONÇANT S.

    Page 65.

    Lorsque le t prend la valeur de l’s il se représente par le même mouvement que l’s.

     

    SIGNES ORTHOGRAPHIQUES
    Le tréma, page 67.

    Le tréma servant à séparer la prononciation de certaines lettres, cette séparation se traduit par le geste de la même manière, Exemple : Sa-ül et non Sôl, etc., ai-gu-ë et non ai-gue, etc.

     

    LETTRES ACCOLÉES.

    Page 68.

    L’œ se représente comme l’e simple.

     

    SON DOUBLE.

    Représenté par une seule lettre, page 68.

    L’y employé pour deux i se représente ainsi : pai-is pour pays, noi-ier pour noyer.

     

    SON SIMPLE.

    Représenté par trois lettres, page 68.

    Pour le groupe de lettres o a u, prononcez ô, et employez le mouvement de l’o.

    Nous en avons maintenant fini avec le détail des mouvements, de leur signification, de leur correspondance avec l’écriture. Nos lecteurs devront nous par­donner cette prolixité, en songeant combien il est difficile d’indiquer par écrit ces mouvements, si rapidement appris lorsqu’on les voit exécuter. Si l’étude du procédé exige quelques efforts, on trouve bientôt une ample compensation à sa peine dans la facilité avec laquelle on enseigne la lecture, autrement si pénible. C’est ici le lieu de se rappeler un mot très juste : le temps qu’on passe à se créer un bon instru­ment est du temps gagné, et non perdu.

    Terminons en disant que :

    1° Toute lettre nulle à la prononciation n’est figurée par aucun mouvement.

    2° Tout groupe de lettres représentant un seul son, est figuré par un seul mouvement (ou, on),

    3° Tout groupe de lettres représentant plusieurs sons ou plusieurs articulations, se représente par la succession des mouvements qui expriment chacun des sons ou des articulations pris isolément.

    4° Tous les groupes de lettres équivalents dans la prononciation, se représentent par le même signe (dent, dans, pen-dant).     

    Nous donnons ci-joint le tableau complet des mouvements phonomimiques, et des sons et articulations que ces mouvements représentent. (cf. documents à télécharger, haut de page)

    Retour à la bibliographie sur la méthode phonomimique.

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