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    Le Monde.fr | 08.10.2015 à 06h39 • Mis à jour le 11.10.2015 à 15h54

    Dans les Vosges, elle met en œuvre un apprentissage différent qui rejoint la ligne fixée récemment par le ministère de l’éducation nationale.

    Pascale Pocard a tout d'abord enseigné en primaire avant de devenir conseillère pédagogique dans les Vosges, où son enseignement est expérimenté.

    Dix-neuf élèves posent leurs mains devant les yeux. Ils cherchent dans leur mémoire la dernière leçon de sciences. Une élève va au tableau et, petit à petit, retrouve les propriétés de l’aimant. Toute la classe de CM1 et CM2 se met alors à applaudir. La fillette se rassoit, sourire aux lèvres. Personne ne bavarde, pas un ne s’agite, tous regardent la maîtresse, attentifs. Certes, elle a de beaux yeux verts, mais surtout elle ne cesse de sourire et jamais ne hausse le ton.

    Quelle magie opère sur ces élèves modèles de Docelles, petit village des Vosges ? Ont-ils tous fait du yoga avant le cours, de la méditation ? Au fond de la classe, la visiteuse du jour, Pascale Pocard, marinière, cheveux courts et houppette sur le front, est ravie. Cette conseillère pédagogique de 54 ans le sait bien, il n’est nullement question de magie ici, juste d’une nouvelle façon d’enseigner. Celle qu’elle a créée voilà quatre ans : « l’école des savoirs essentiels ».

    De plus en plus d’enseignants séduits

    En ce début d’année scolaire, sa démarche connaît un succès croissant. Pas moins de 450 enseignants sont inscrits sur le site qui présente l’approche innovante. Ils n’étaient que 70 il y a un an. La moitié d’entre eux a déjà reçu une formation complète. Beaucoup travaillent dans les Vosges, où officie la conseillère pédagogique. Mais pas seulement. Le phénomène se répand. Les deux pionniers, Alix Renauld à Docelles et Michel Burlett aujourd’hui à Liézey, confrontés il y a quatre ans à des classes en difficulté, parlent désormais d’« élèves qui réussissent à tous les coups ». Ils évoquent en chœur « une seconde carrière ». A l’heure où le ministère prône la « pédagogie de la répétition », Pascale Pocard se sent dans l’air du temps : le principe de revoir de nombreuses fois une même notion est au cœur de son approche.

    Comment les enfants apprennent-ils ? Voilà la question qui l’obsède depuis des années. Ancienne institutrice, elle a beaucoup lu, des pédagogues, des psychiatres, des neuroscientifiques, dont Stanislas Dehaene. « Beaucoup d’enseignants connaissent mieux le fonctionnement de leur voiture que celui du cerveau des enfants », se désolait le psychologue cognitif, lors d’un colloque en 2012. Pas de risque avec Pascale Pocard, elle sait à peine ce que cache le capot de sa Citroën. En revanche, elle se passionne pour ce qui se passe sous le crâne des enfants.

    Pour  permettre aux enfants d'assimiler les connaissances, "l'école des savoirs essentiels" de Pascale Pocard prône la décompression par le jeu et les loisirs.

     

    Dans sa démarche, qui suit les programmes, elle limite les moments d’apprentissage à vingt minutes par matière. Pas plus, sinon le cerveau sature. Elle conseille de n’enseigner qu’une notion à la fois, de souligner son utilité et de réinterroger la classe au moins trois fois en deux jours. Car, selon les chercheurs, c’est le nombre de tests qui compte, pas le temps d’étude. Les enfants ne sont pas notés, « pas question de les classer ». Enfin, pour être efficaces, leurs neurones se doivent de décompresser. Place alors à ce qui fait la joie des élèves : les « temps de souffle » de dix minutes chaque demi-journée. Ils jouent aux Kapla, dessinent, bouquinent…

    Une approche soutenue par l’inspection académique

    A Docelles, Agathe, 9 ans, cheveux châtains et lunettes violettes, a choisi la peinture. Venue d’une autre école, elle souffrait d’un début de phobie scolaire. « Ici, quand on n’y arrive pas, on nous aide et à la fin on applaudit, explique-t-elle, tout sourires. J’ai beaucoup plus envie de travailler. » A la sortie des cours, son père approuve : « Je ne connais pas leur façon de faire, mais pour Agathe, c’est le jour et la nuit. » Pour sa conceptrice, la « démarche de terrain » se résume aisément : « Beaucoup de bon sens, une grande bienveillance du professeur et de la rigueur pour rassurer l’élève. » Sa pratique a rencontré quelques critiques de la part de collègues, qui la jugent trop rigide. Mais l’inspection académique soutient l’expérimentation.

    « Si un enfant n’a pas compris, c’est la faute de l’enseignant. » Pascale Pocard, conseillère pédagogique

    La chance de Pascale Pocard est d’avoir été une mauvaise élève. « Un peu extravertie », elle énervait les enseignants, se souvient-elle. Un jour, un professeur du collège d’Epinal a lu sa rédaction, la plus mal notée, devant toute la classe : « Je me sentais rentrer sous terre. » Bac en poche malgré tout, elle est devenue institutrice par hasard. Comme elle est issue d’un milieu modeste, on lui a proposé de passer trois concours débouchant vite sur un métier, dont celui de l’Ecole normale. Elle l’a obtenu et, finalement, a aimé retourner à l’école. Mais elle n’avait rien de la maîtresse standard, ex-première de la classe. L’enfant qui s’ennuie ou décroche, elle connaît. Son credo : « S’il n’a pas compris, c’est la faute de l’enseignant. »

    Entière et passionnée, elle rêve de ne laisser personne de côté. Le pari est énorme. Le déclic qui l’a amenée à réfléchir, à chercher des solutions, a été la souffrance de son fils à l’école. Il avait 6 ans quand il a connu de fortes difficultés pour apprendre à lire, 10 ans quand, victime de harcèlement et de racket, il a tenté d’échapper à ses camarades et s’est fait renverser par une voiture. A 13 ans, il refusait d’aller en cours. Il trouvera enfin son bonheur dans une école d’horticulture. « Il disait : “Je ne suis rien.” », confie Pascale Pocard, les yeux embrumés. « Je veux que chaque enfant soit fier d’apprendre et se dise : “Je suis quelqu’un de bien.” », lance-t-elle aujourd’hui. Que chaque cerveau libère l’hormone de la réussite ! Elle aimerait que « l’école des savoirs essentiels » devienne une fabrique de dopamine.

    Par Dominique Perrin

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  • http://www.lesoir.be/298918/article/studeo/2013-08-14/%C2%A0lecture-%C2%A0apprendre-lire-oui-mais-comment%E2%80%89%C2%A0%C2%A0

    Lecture - Apprendre à lire, oui mais comment ? (Le Soir, 14 août 2013)Les études menées à l’échelle internationale ces dernières années le montrent : la Communauté française est à la traîne en ce qui concerne l’apprentissage et la maîtrise de la lecture. Si des progrès se sont fait sentir, il faut redoubler d’efforts pour parvenir, à moyen terme, aux standards internationaux.

    Publiés fin 2012, les résultats du programme Pirls (Programme international de recherche en lecture scolaire) montrent un mieux dans l’apprentissage de la lecture dans le Sud du pays. Pirls a été lancé en 2001 par l’IEA (Association internationale pour l’évaluation du rendement scolaire) et évalue les enfants de quatrième année primaire dans le domaine de la lecture. La Belgique francophone y participe depuis 2006. En 2011, 3.916 élèves belges ont pris part à cette épreuve de lecture rassemblant 45 pays. Avec 506 points cumulés, la Communauté française arrive en 32e position, avec seulement 6 points de plus qu’en 2006.

    Si la part de lecteurs précaires équivaut à 6% (-4%), la proportion de lecteurs ne dépassant pas le niveau élémentaire avoisine tout de même les 30%, alors que la moyenne des pays participants est de 19%. Quant à nos lecteurs modèles (+2%), ils restent rares : seulement 25%, contre une moyenne de 45%. Bilan de ce cru 2011 : la Communauté Française est encore bien en-dessous de la moyenne des pays de l’UE ou de l’OCDE (537 points). Une différence de 30 points qui équivaut à un retard de trois quarts d’année scolaire.

    Ces difficultés d’apprentissage et de maîtrise de la lecture en Communauté française peuvent s’expliquer. Le temps consacré à l’enseignement formel de la lecture et des stratégies de compréhension (interpréter, faire des inférences…) est encore insuffisant ; le recours à des livres longs, largement devancés par la lecture d’histoires courtes, est trop faible ; les albums pour enfants (livres plaisir) sont à tort trop rarement considérés comme un matériel didactique essentiel. Sans oublier que de plus en plus d’élèves arrivant à l’école n’ont pas le français comme langue maternelle.

    Enseignante à l’Institut de l’Angélus, à Woluwe-Saint-Lambert, Eve Van Schaftingen-Pezin, admet que le temps fait défaut. « Nous manquons de formation pour enseigner la lecture. Nos cours d’école normale devraient intégrer des notions de logopédie, etc. car nous sommes souvent démunis face aux problèmes de lecture des élèves. Nous faisons de notre mieux, avec les compétences que nous avons acquises (pédagogie générale, connaissances de l’enfant…). Une des pistes de solution serait peut-être de réduire les exigences de certains domaines pour mettre l’accent sur la lecture. »

    Le choix d’une mauvaise méthode ?

    Le débat sur les méthodes d’apprentissage de la lecture n’a cessé d’alimenter les conversations pendant plusieurs dizaines d’années. A l’heure actuelle, la plupart des spécialistes s’accordent sur la nécessité de développer de façon simultanée et en interaction toutes les compétences requises pour apprendre à lire (déchiffrer, identifier des mots, mémoriser des liens syntaxiques, comprendre, produire de l’écrit…).

    « La méthode globale et la méthode syllabique (voir ci-dessous) possèdent des qualités et des faiblesses. Leur vraie force, c’est leur interaction », développe Micheline Dispy, inspectrice au sein de la Communauté Française dans la province de Liège. « Offrir ces méthodes de manière complémentaire permet de tenir compte des différents fonctionnements des élèves ainsi que des diverses composantes de l’acte de lire ».

    La méthode mixte n’est pourtant pas la panacée. « Il n’y a pas de méthode de lecture miracle, sinon nous l’utiliserions depuis longtemps! », rappelle Ghislain Bruno, directeur d’une école primaire à Ohain, en Brabant Wallon. Et Micheline Dispy d’ajouter : « une bonne méthode est une méthode qui tient compte des besoins des apprenants, qui favorise l’acquisition de savoirs linguistiques et qui remplit l’objectif de l’enseignement : donner, construire du sens. Une bonne méthode doit aussi favoriser les progrès des élèves, c’est-à-dire leur faire comprendre les textes en profondeur, de plus en plus finement».

    D’après Patricia Shillings, chercheuse dans l’enseignement de la lecture à l’ULG, pour améliorer l’efficacité de l’enseignement de la lecture, « la FWB devrait, à l’horizon 2021, se situer dans la moyenne des pays de référence » et « diminuer la proportion de non-lecteurs à quasi 0 % en 2021, réduire le pourcentage de lecteurs précaires (niveau 1) aux alentours de 15 % en 2021 et amener la proportion d’élèves qui se situent aux niveaux les plus avancés (3 et 4) à 25 % en 2021. » Annabelle Duaut

     

    Trois méthodes sous la loupe

    La méthode syllabique/synthétique

    Mise au point au XVIIIe siècle, elle se base sur la genèse des sons de la langue parlée par assemblage de syllabes. Elle procède des parties (lettres, syllabes) vers le tout (la phrase). Elle privilégie l’apprentissage du code des correspondances entre sons et signes écrits, le fameux B-A, BA.

    Qualités : apprentissage de la décomposition des mots ; une fois les sons (phonèmes) assemblés, l’enfant peut déchiffrer tous les textes.

    Défauts : difficulté de compréhension pour quelques élèves.

    La méthode globale/ analytique

    Développée au début du XXe siècle par Ovide Decroly, elle aide les enfants en difficulté qui ne réussissent pas à lire grâce aux méthodes habituelles. Elle procède de la phrase au mot, à la syllabe puis à la lettre. Elle privilégie le sens.

    Qualités : stimulante, donne le goût de lire.

    Défauts : sollicite beaucoup la mémoire ; effets négatifs sur l’apprentissage de l’orthographe.

    La méthode mixte/ semi-globale

    C’est un mélange des deux méthodes précédentes. Elle débute par une phase d’apprentissage par cœur de mots et de phrases et se poursuit par une seconde phase synthétique avec un apprentissage traditionnel de la lettre et du son. Elle associe donc le sens au code. Depuis 2010, le rapport de l’Inspection signale que c’est la méthode la plus souvent mise en œuvre dans les classes. Elle fait l’objet d’un large consensus parmi les experts.

    Qualités : exploitation des avantages respectifs des deux méthodes d’apprentissage ; compréhension du code de la langue et du sens; envisage les divers aspects de l’acte de lecture.

    Défauts : ses détracteurs l’accusent de provoquer dyslexie et dysorthographie.

     

    Trois questions à… Robert Bernard

    Membre du Conseil du Livre au sein de la Communauté française

    Où en est la fréquentation des bibliothèques à l’heure actuelle ?

    Les derniers chiffres concernent l’année 2010 et montrent qu’environ 480.000 personnes sont inscrites dans le réseau public de lecture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, soit près de 10 %. Un chiffre stable depuis 2008. Il faut noter que les écoles représentent le ¹⁄³ des partenariats développés par les bibliothèques publiques et que près de la moitié des utilisateurs ont moins de 18 ans.

    Le livre est-il devenu le parent pauvre de la Belgique francophone ?

    Dire que la culture est le parent pauvre me paraitrait plus juste. La part relative du secteur du livre (en ce compris le réseau des bibliothèques publiques) est resté relativement constante, correspondant à quelques 4 % de l’ensemble des dépenses culturelles de la FWB.

    Comment expliquer cette situation ?

    Le livre « matériel » a perdu le monopole qui a été le sien depuis la découverte de l’écriture et surtout depuis la révolution de l’imprimerie au XVe siècle. Certes la crise du livre n’est pas nécessairement celle de la lecture : ce serait confondre contenu et canal, œuvre et support. Mais il y a bien crise de la lecture, en particulier chez les jeunes, depuis plus de dix ans, malgré diverses initiatives bien ancrées (Fureur de Lire, l’ouverture de bibliothèques vers l’extérieur, des animations etc.).

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  • José Morais, L'Art de la lecture (1993)     Ralbol propose des extraits de ce livre sur sa page :

         Introduction

         1. Le langage et l'alphabet

         2. Le lecteur habile

         3. Le lecteur débutant

         4. Le lecteur en échec

         5. L'enseignement de la lecture

         Conclusion

         Glossaire

    Notes, références et index


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