• Table ronde : retour sur la polémique de 2006 concernant l'apprentissage de la lecture (décembre 2007)

    source : http://www.cafepedagogique.net 
    Média et recherche : impossible dialogue ?
    Nicole Geneix, Laure Dumont, Anne-Marie Chartier, Roland Goigoux, Franck Ramus
    Un des moments particuliers de cette manifestation fut sans aucun doute cette table-ronde inédite.

    Par le sujet, d’abord : il est toujours difficile –mais salutaire- d’essayer de prendre du recul pour mieux comprendre les raisons d’une polémique. Par sa composition, ensuite : deux chercheurs qui avaient pris des positions divergentes, une syndicaliste pour tenter de comprendre le point de vue des enseignants, et une journaliste, auteur de la meilleure analyse publiée à ce jour sur la genèse de l’affaire…


    Laure Dumont : "honnêtes et compétents ?"
    auteur de « Globale ou b.a.-ba ? : que cache la guerre des méthodes d’apprentissage de la lecture ? » Robert Laffont, Paris, 188 p., 2006, 17 € (publicité gratuite…)
    Pour mieux comprendre le rapport des média aux sujets polémiques, Laure Dumont demande d’abord de comprendre comment travaillent les journalistes, sous la pression de la productivité grandissante, confrontés à l’urgence, aux « services de presse », à ce qui « fait vendre ». Quand on est, comme elle, journaliste « généraliste », on utilise son éthique, ses méthodes et son réseau, quel que soit le sujet traité. Mais le journaliste n’est pas un expert, mais un intermédiaire entre une source d’information et un public : son rôle n’est pas d’être trop pointu, au risque que sa trop grand proximité nuise à la qualité de l’information qu’il délivre. « Compétence n’est pas expertise, mais l’honnêteté est toujours requise. Une discussion de personnes honnêtes mais non compétentes donne le café du commerce, entre personnes compétentes peut risquer de tomber vers l’idéologique. »
    Dans la polémique sur la lecture, elle a été été frappée par la simplification et la prise de position non-déontologique que symbolisait le reportage sur la classe de Rachel Boutonnet sur France 2, un des déclencheurs de la polémique. C’est ce qui lui a donné envie d’aller voir de plus près ce qui s’était passé. Son hypothèse est qu’il s’agit d’une polémique politicienne. La force de Robien, c’est d’avoir fait croire qu’il était celui qui avait enfin osé s’attaquer à la « méthode globale ». L’un des lobbies hostiles à l’Ecole est SOS Education, groupe de pression qui se dit apolitique tout en faisant passer pour de « jeunes parents ». « Sur l’école, ils sont incompétents, mais sur le lobbying, ils sont très forts et représentent un véritable danger contre la démocratie. Ils sont tout à fait politisés, revendiquent la séparation de l’Ecole et de l’Etat, la privatisation de l’Ecole, au sens propre ».

    Roland Goigoux : "Oser parler"
    Quand on est un des chercheurs plongé dans la polémique, le rapport aux journalistes est de deux ordres : certains média veulent un point de vue noir ou blanc, en 45 secondes, et les journalistes qui cherchent à se documenter ne peuvent traduire le complexe de la situation : « l’idée qu’on puisse travailler la phonologie sans être d’accord avec le ministre leur paraissait incompréhensible »…
    S’il a refusé les plateaux télé parce, c’est parce qu’il considérait que c’était impossible, et il a vu certains « s’y faire massacrer ». Mais entre le danger de l’exposition et le silence coupable, il a choisi. « Certains journalistes ont pu faire ainsi un bout de chemin, et montrer comment les biographies de certains activistes pouvaient permettre de comprendre leur haine radicale de la hiérarchie, persuadés qu’elle ne reconnaît pas leur travail. Ce n’est pas anecdotique quand on fait de l’analyse du travail enseignant. Mais lorsque c’est le premier vendeur de manuels « semi-globale » qui attaque les pratiques des enseignants, tout en étant expert à l’ONL, ça pose un problème déontologique… »

    Franck Ramus : "Moi-même, je connais des gens qui..."
    Parfois cité comme « instrumentalisé » par le ministre, Franck Ramus précise que s’il a été amené à donner son avis, « c’était parce qu’il me semblait que certaines données pertinentes n’étaient pas évoquées par le ministre, ni par ses détracteurs ». En quelque sorte, il renvoie dos à dos la malhonnêteté (et l’incompétence) de De Robien avec la pétition faite signer par les associations et les syndicats, qui lui « semblait laisser trop de choses sous silence. Ca masquait la réalité de ce que faisaient les enseignants dans leur classe. On ne pouvait pas affirmer que dans 100% des classes on fait de l’enseignement explicite du code grapho-phono… Moi-même, je connais des gens qui m’ont dit qu’on passe beaucoup de temps à enseigner les contours des mots…  (...) Si De Robien a pu mener la campagne qu’il a mené, c’est qu’il y avait un terrain favorable. ».

    La salle mesure le décalage entre le propos scientifique du chercheur, dont elle a apprécié l’honnêteté le matin même, et l’opinion qu’il profère sur les méthodes pédagogiques utilisées. « C’est là où votre expérience de laboratoire ne permet pas forcément que vous ayez une représentation précise de ce qui se passe dans les classes » lui renvoie un intervenante. On voit bien un des nœuds de la polémique, souligné par R. Goigoux : « cela pose la question du rapport entre les sciences humaines et les sciences dures : dans les média, on appelle «scientifiques  uniquement ceux qui viennent des neuro-sciences. »

    Nicole Geneix : "aller au devant des attentes des parents" secrétaire générale du principal syndicat du premier degré au moment des faits
    Nicole Geneix veut remettre la polémique dans une perspective sociale : « l’Ecole primaire, tout le monde a un avis dessus, puisqu’il y a été…Et chacun a un petit compte à régler avec… Ca peut expliquer une partie des brûlots sur l’Ecole."

    Mais elle veut aussi intégrer le fait que les attentes peuvent être disproportionnées envers l’école, à un moment de la société où plus de parents pensent que leurs enfants vivront moins bien qu’eux, et où l’Ecole peine à réduire les inégalités, depuis 30 ans. Pourtant, le rapport de l’Inspection Générale fait un diagnostic très clair sur les pratiques des enseignants : ils enseignent le code. Quant aux problèmes premiers soulevés par les évaluations, nationales ou internationales, les problèmes essentiels sont sur la compréhension…. 
    Mais elle convient que pour les syndicalistes comme pour les enseignants, il est parfois difficile de faire entendre une point de vue clair et constructif dans les média. « D’abord, parce qu’on vient surtout nous voir quand il y a grève, pour ne retenir de notre parole que le « non ». Mais aussi parce que nous avons parfois des propos un peu codés, au-delà des connivences de salles des maîtres. Il faut aussi interroger ce que ça signifie sur ce qui est encore à gagner dans la professionalité des maîtres, de notre capacité à aller devant les parents expliquer le pourquoi de ce qu’ils font…"

    La communication, miroir de l’activité ?
    Anne-Marie Chartier, animatrice de la table-ronde, conclut dans le même sens : pour elle, l’essentiel est ce qui se joue au plus près de la classe, entre les parents et l’enseignant. Mais elle sait que ça ne va pas de soi. De plus en plus, chaque parent se croit informé, et se fait une idée : « Internet a fait beaucoup pour la confusion entre information et savoir ». Parce que j’ai lu quelque chose sur un site, je pense que c’est vrai. « Toutes les professions ont intérêt à prendre du recul sur ce qu’elles font, à mettre des mots pour en parler. Aux journalistes comme aux parents. »

    Sur le site du Café
     
    Par ppicard3 , le samedi 15 décembre 2007.
    « Liliane Sprenger-Charolles : "Évaluations internationales : des chiffres troublants" (15 décembre 2007)Café Pédagogique »

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