• Le finnois et PISA (Taksin Nuoret)

    http://le-finnois-et-pisa.blogspot.com/

    Table des matières


    Changements par rapport à la version précédente

    En plus de changements mineurs et de clarifications par rapport à la version précédente, j'ai essayé ici de fournir plus d'informations sur des études passées concernant l'influence de la langue, du finnois en particulier, sur les processus d'apprentissage.

     


    Introduction

    Depuis décembre 2001, date à laquelle les résultats des premiers tests PISA furent rendus publics, le système éducatif finlandais a focalisé l'attention internationale. Les délégations étrangères viennent en masse en Finlande, dans l'espoir de percer les secrets de ce pays. La Finlande essaie aussi de tirer profit de son succès au PISA en exportant son savoir en matière d'éducation [1]; cette stratégie est appuyée par des interventions, dans des événements internationaux, par des représentants du Ministère de l'Éducation et de la Culture [2].

    L'explication communément acceptée est que le système éducatif finlandais est meilleur. Par exemple, les aspects suivants ont été mis en avant:

    • Les écoles pratiquent couramment le tutorat pour les élèves faibles.
    • Chaque école dispose d'une assistante sociale ("koulukuraattori").
    • En cas de maladie, les professeurs sont souvent remplacés.
    • Les professeurs sont rarement en grève.
    • Les méthodes d'enseignement de la langue maternelle sont solides. Les élèves finnois de CP apprennent à lire en commençant par les lettres, puis les syllabes, puis les mots, puis les phrases. Par exemple, tout au long du CP (et de la plus grande partie du CE1), les mots sont souvent imprimés avec les syllabes séparées par des traits d'union [3]. Les méthodes aventureuses (telles que celles qui consistent à partir des mots ou phrases dans leur globalité) ne sont pas utilisées.
    • Les écoles ont davantage d'autonomie que dans beaucoup de pays. Par exemple, les écoles peuvent renvoyer les enseignants si elles ne sont pas satisfaites de leur travail.
    • Le métier d'enseignant est mieux reconnu que dans de nombreux pays.
    • La transition entre primaire et secondaire est moins brusque que dans de nombreux pays.
    • Les élèves finlandais disposent d'une cantine scolaire gratuite.

    Des explications non liées au système éducatif ont aussi été proposées, y compris celles-ci:

    • La société finlandaise est homogène. Le nombre d'étrangers est moindre que dans la plupart des pays de l'OCDE (3,6% à la fin de 2012 [4]), ce qui facilite le travail des professeurs.
    • L'orthographe du finnois est régulière, facilitant ainsi la tâche des élèves finnois.
    • Les programmes de télévision étrangers sont sous-titrés, au lieu d'être doublés comme dans beaucoup de pays de l'OCDE, facilitant ainsi l'apprentissage des langues étrangères.

    (Notez bien que je ne prétends pas ici que ces aspects expliquent ou n'expliquent pas le succès de la Finlande. Je me contente de rapporter que certains les ont avancés comme explications possibles.)

    Bien que des explications non liées au système éducatif finlandais soient parfois mentionnées, celles inhérentes à ce système sont celles qui sont le plus mises en avant par les médias, aussi bien en Finlande qu'à l'étranger. [5a] and [5b] sont des exemples typiques à cet égard. Et beaucoup ont été enclins à accepter l'explication selon laquelle le succès de la Finlande au PISA est dû principalement à son système éducatif.

    C'est alors que, fin 2007, les résultats de PISA 2006 furent rendus publics...

    Le cas de l'Estonie

    En 2006, l'enquête PISA fut menée pour la troisième fois. En 2000 et 2003, la plupart des participants étaient des pays de l'OCDE, mais en 2006 le groupe des pays appelés "économies partenaires" qui ont participé fut largement étendu, et inclut des pays aussi variés que le Brésil, la Bulgarie, la Croatie, l'Estonie, Israël, la Lettonie, le Qatar, la Roumanie, la Thaïlande et l'Uruguay. Au total, 57 pays participèrent en 2006 [6].

    Comme pour les enquêtes de 2000 et 2003, la Finlande obtint à nouveau des résultats impressionnants, loin devant tout le monde - cf. le Tableau 2 de [6].

    Un aspect frappant des résultats de 2006 fut la performance de l'Estonie: 5ème place au niveau mondial (après la Finlande, Hong Kong, le Canada et Taiwan), c'est-à-dire deuxième pays européen après la Finlande - cf. le Tableau 2 de [6]. Dans le Tableau 1 de [6], l'Estonie arrive même en deuxième position au niveau mondial (après la Finlande).

    Or, l'Estonie est un petit pays (1,29 millions d'habitants en 2011), à l'histoire récente mouvementée (elle ne restaura son indépendance qu'en 1991). Son PIB par habitant est modeste comparé à celui de beaucoup de pays de l'OCDE.

    Le fait qu'un tel pays obtint au PISA de meilleurs résultats que tous les pays européens de l'OCDE (à part la Finlande) n'est-il au moins aussi remarquable que le succès de la Finlande? Y aurait-il un facteur commun derrière le succès de la Finlande et celui de l'Estonie?

    Il existe en effet un facteur commun: la langue.

    Le finnois et l'estonien ne sont pas des langues indo-européennes, mais finno-ougriennes. Le hongrois appartient également à la famille des langues finno-ougriennes. Le finnois et l'estonien font partie de la branche fennique de la famille finno-ougrienne, alors que le hongrois est le principal représentant de la branche ougrienne.

    Le finnois et l'estonien sont si proches qu'il est possible pour les Finnois n'ayant jamais étudié l'estonien de comprendre l'estonien dans une certaine mesure, et vice-versa. En tout cas de nombreux mots isolés peuvent être reconnus, même si la compréhension globale est souvent difficile.

    La Finlande et l'Estonie obtiennent-elles toutes les deux des résultats de premier plan au PISA par quelque remarquable coïncidence, ou bien la langue joue-t-elle un rôle important?

    Le cas des Finlandais suédophones

    Il existe en fait une façon d'en savoir davantage sur le rôle de la langue finnoise dans le succès de la Finlande.

    Il y a deux langues officielles en Finlande: le finnois et le suédois [7]. Fin 2012, la minorité suédophone représentait 5,36% de la population finlandaise, la majorité finnophone 89,68% [8].

    La population suédophone est concentrée sur les côtes ouest et sud du pays. L'archipel d'Åland, situé entre la Finlande et la Suède, est presque exclusivement suédophone.

    Pour des raisons historiques, la proportion des Finlandais suédophones dans les classes supérieures de la société a été importante. Ceci fut vrai particulièrement jusqu'au début du 20ème siècle, mais des différences notables subsistent même de nos jours. Citons [9]:

        "3.4. Montant des investissements et langue maternelle

        Le Tableau 7 étudie comment langue maternelle et montant des investissements sont liés. La minorité suédophone (5.8% de la population finlandaise) est beaucoup plus riche que la majorité finnophone (92.9% de la population): le montant moyen des investissements des Finlandais finnophones qui possèdent des actions, 69,700 FIM, est moins que le tiers du montant des investissements des Finlandais suédophones qui possèdent des actions, 221,100 FIM. Le taux d'habitants qui investissent est également plus important chez les Finlandais suédophones (14.1%) que chez les Finlandais finnophones (9.1%). La valeur des investissements en actions d'un Finlandais suédophone est donc en moyenne plus de quatre fois supérieure à celle d'un Finlandais finnophone."

    La population suédophone, en plus d'être en moyenne plus riche que la population finnophone, jouit d'une vie sociale plus développée, a une meilleure estime d'elle-même, est plus tolérante, a une espérance de vie beaucoup plus élevée [11], etc.

    Il existe d'ailleurs un dicton suédois méprisant à l'égard de la population suédophone, utilisé encore parfois par certains finnophones en Finlande: "svenska talande bättre folk" ("le peuple supérieur suédophone").

    En Finlande également, le milieu socio-économique des élèves influence grandement les résultats scolaires (bien que dans une mesure moindre que dans la plupart des pays de l'OCDE). Traduction d'un extrait de [12] (p. 35):

        "Les élèves dont les parents occupaient des professions du plus haut statut ont surclassé ceux de milieux socioéconomiques plus modestes. Ceci était particulièrement le cas, par exemple, en Hongrie, en Belgique, en Turquie et en Allemagne. La différence était considérable également en Finlande, bien que clairement inférieure à la moyenne de l'OCDE (Figure 13)."

    On est par conséquent en droit d'attendre que les Finlandais suédophones, lesquels sont testés en suédois, obtiennent des résultats au PISA considérablement supérieurs à ceux des Finlandais finnophones.

    Or, il y a bien une différence entre les résultats au PISA des Finlandais suédophones et ceux des Finlandais finnophones, mais opposée à celle attendue. Traduction d'un extrait de [12] (p. 17):

        "Au PISA 2003 les élèves finnophones ont clairement surclassé leurs homologues suédophones dans les compétences en sciences, avec une différence moyenne de 26 points. Cependant, la minorité suédophone a obtenu de très bons résultats, puisque ces résultats sont au même niveau que ceux des Pays-Bas."

    Les résultats des Pays-Bas ne sont effectivement pas du tout mauvais, mais profitons de cette citation pour remarquer que si la population suédophone se trouvait être nettement majoritaire en Finlande, le système éducatif finlandais ne serait probablement pas le centre de l'attention internationale — du moins pas plus que le système éducatif néerlandais.

    Même pays, même Ministère de l'Éducation, milieu socioéconomique inférieur en moyenne, et pourtant meilleurs résultats au PISA. Pourquoi le finnois en tant que langue maternelle donne-t-il de meilleurs résultats au PISA?

    Remarques annexes sur les élèves suédophones au PISA

    20,8% des élèves finlandais ayant participé à PISA 2003 étaient suédophones, c'est-à-dire beaucoup plus que la proportion de la population suédophone (qui était de 5,55% en 2003 [8]). Traduction d'un extrait de [13]:

        "En Finlande, l'échantillon pour le PISA 2003 comprenait 147 écoles finnophones et 50 écoles suédophones. La population était de 6235 élèves, dont 5796 (93%) répondirent aux questions du test. Parmi eux, 4589 étaient finnophones et 1207 suédophones."

    Ceci signifie que les résultats au PISA 2003 des élèves finnophones étaient en fait encore plus élevés que ceux dont on rendit compte pour tout le pays (puisque les résultats dont on rendit compte pour tout le pays incluent les résultats de deux communautés linguistiques).

    Beaucoup moins d'élèves suédophones prirent part au PISA 2006: seulement 5,7%, ce qui est proche de la proportion de la population suédophone (5,49% en 2006 [8]). Traduction d'un extrait de [14]:

        "En Finlande, l'échantillon pour le PISA 2006 comprenait 144 écoles finnophones et 11 écoles suédophones. La population était de 5265 élèves, dont 4714 (90%) répondirent aux questions du test. Parmi eux, 4413 étaient finnophones et 301 suédophones."

    Je n'ai pas trouvé les nombres correspondants pour PISA 2000.

    L'orthographe du finnois

    L'orthographe du finnois est très régulière. En d'autres termes, la correspondance entre lettres et phonèmes est étroite: en général, un phonème correspond à une lettre, et une lettre à un phonème. Ainsi, un Finnois entendant un mot inconnu sait l'orthographier, et un Finnois lisant un mot inconnu sait le prononcer. Il n'y a que peu d'exceptions [15].

    L'orthographe de l'estonien est à peu près aussi régulière que celle du Finnois.

    Il est bien évident que, toutes autres choses étant égales par ailleurs, une orthographe régulière facilite la tâche: les élèves n'ont pas à consacrer une aussi grande partie de leur cursus à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture.

    Il y a cependant d'autres aspects de la langue qui sont favorables.

    La morphologie du finnois

    Comme beaucoup de langues, le finnois peut former des mots à partir de racines de deux façons: composition et dérivation. Exemples en anglais:

    • [composition] 'rail' + 'way' = 'railway' (deux lexèmes se combinent pour former un nouveau lexème)

     

    • [dérivation] 'bitter' + '-ness' = 'bitterness' (un lexème se combine avec un affixe pour former un nouveau lexème)


    Un aspect remarquable de la morphologie du finnois est la richesse de sa morphologie dérivationnelle. La morphologie compositionnelle est également très riche en finnois, mais elle l'est également dans les langues de beaucoup de pays qui prirent part à PISA, par exemple en allemand, en néerlandais ou en suédois.

    Un exemple de la richesse de la dérivation en finnois:

    • 'kirja' - 'livre'
    • 'kirjailija' - 'écrivain'
    • 'kirjailla' - 'broder'
    • 'kirjailu' - 'broderie'
    • 'kirjaimellinen' - 'littéral'
    • 'kirjaimellisesti' - 'littéralement'
    • 'kirjaimisto' - 'alphabet'
    • 'kirjain' - 'lettre' (de l'alphabet)
    • 'kirjallinen' - 'écrit; littéraire'
    • 'kirjallisuus' - 'littérature'
    • 'kirjaltaja' - 'typographe'
    • 'kirjanen' - 'brochure, livret'
    • 'kirjasin' - 'police de caractères' (en typographie)
    • 'kirjasto' - 'bibliothèque'
    • 'kirjata' - 'noter, prendre note de'
    • 'kirje' - 'lettre' (document)
    • 'kirjeellinen' - 'par lettre' (adj.)
    • 'kirjelmä' - 'lettre, note, message'
    • 'kirjelmöidä' - 'se plaindre (par écrit)'
    • 'kirjoitella' - 'écrire' (de temps en temps)
    • 'kirjoittaa' - 'écrire'
    • 'kirjoittaja' - 'personne qui écrit'
    • 'kirjoittaminen' - 'le fait d'écrire'
    • 'kirjoittautua' - 's'inscrire, s'identifier'
    • 'kirjoittelu' - 'le fait d'écrire' (de temps en temps)
    • 'kirjoitus' - 'écrit' (subs.)
    • 'kirjoituttaa' - 'faire écrire'
    • 'kirjuri' - 'scribe'

    (Et en plus, il y a naturellement une myriade de mots obtenus par morphologie compositionnelle à partir d'un des lexèmes ci-dessus.)

    Les parties 53, 54, 55, 56, 58, 59, 66, 67, 68 and 69 de [16] donnent des listes impressionnantes de suffixes du finnois.

    Ainsi, le nombre de racines nécessaires à l'élaboration d'un vocabulaire comparable est plus faible en finnois que dans beaucoup d'autres langues.

    Un autre aspect de la morphologie du finnois qu'il convient de remarquer est le fait que les affixes et radicaux étrangers (par exemple, les affixes et radicaux grecs et latins) sont moins souvent utilisés en finnois que dans beaucoup de langues des pays de l'OCDE. Et quand des affixes et radicaux latins ou grecs apparaissent en finnois, les mots ainsi obtenus sont souvent utilisés en parallèle avec des mots appartenant à des strates plus anciennes du lexique finnois.

    Comparer, par exemple:

    • [finnois] 'saaristo' ('saari' = 'île', '-sto' = suffixe collectif, 'groupe de')

    et:

    • [français] 'archipel'


    Un locuteur finnophone entendant 'saaristo' pour la première fois comprend le mot. Un locuteur français entendant le mot 'archipel' pour la première fois ne le comprend probablement pas (s'il ou elle ne connaît pas le grec).

    Autre exemple (avec le latin cette fois):

    • [finnois] 'kyynelpussi' ('kyynel' = 'larme', 'pussi' = 'sac')

    et:

    • [français] 'sac lacrymal'


    L'usage relativement rare des radicaux et affixes d'origine étrangère rend la morphologie du finnois plus transparente que la morphologie de la plupart des langues des pays de l'OCDE.

    Et les matières scientifiques?

    La Finlande a obtenu des résultats de premier rang non seulement en 2000 (quand l'accent de l'étude PISA était sur les compétences en lecture), mais aussi en 2003 (accent sur les compétences en mathématiques) et en 2006 (accent sur les compétences en sciences).

    Il semble clair que quelque avantage que ce soit donné par la langue finnoise peut expliquer non seulement les résultats de la Finlande au PISA 2000, mais aussi ses résultats de 2003 et 2006, étant donné que les tâches mathématiques et scientifiques exigent en premier lieu une bonne compréhension écrite.

    Les mêmes remarques faites ci-dessus au sujet de la transparence de la morphologie du finnois s'appliquent naturellement tout aussi bien aux termes mathématiques et scientifiques.

    Comparer, par exemple:

    • [finnois] 'viisikulmio' ('viisi' = 'cinq', 'kulma' = 'angle'; 'viisi' et 'kulma' sont des mots finnois)

    et:

    • [français] 'pentagone' ('pente' = 'cinq', 'gônia' = 'angle'... en grec)

    Une morphologie transparente aide assurément aussi en mathématiques et autres matières scientifiques. Et cette aide s'ajoute au fait que les élèves, n'ayant pas à consacrer une aussi grande partie de leur cursus à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, ont davantage de temps à consacrer à d'autres matières, par exemple aux mathématiques et autres matières scientifiques.

    Malheureusement, je n'ai pu trouver d'échantillons de questions PISA qu'en anglais [17]. Il serait intéressant de comparer la version anglaise avec la traduction finnoise des questions, particulièrement en mathématiques et autres matières scientifiques.

    Études antérieures

    Dans un article publié en 2000 [18], les auteurs font part des résultats de leurs expériences menées auprès d'enfants finnophones de 9 et 12 ans. Ils firent d'intéressantes découvertes ayant trait à l'influence de la morphologie sur l'acquisition du vocabulaire.

    Plutôt que s'essayer de résumer l'article, je préfère en donner des citations textuelles (traduites en français):

      • [p. 288] "Le finnois est une langue finno-ougrienne, agglutinante, avec une morphologie très riche."

     

      • [p. 288] "De plus, la dérivation et la composition sont très productives en finnois, ce qui conduit à d'immenses familles morphologiques."

     

      • [p. 288] "Pour résumer, la grande majorité des mots finnois dans un texte courant sont polymorphémiques (pour les noms, 97,4%) et de fréquence très faible."

     

      • [p. 292] "De façon plus intéressante, l'arrangement morphologique des mots influence nettement la performance de nos sujets quand on leur demande de définir des mots. Tout d'abord, la performance globale est la plus faible pour la catégorie pour laquelle il n'y a pas de recours possible à la morphologie, c'est-à-dire pour les mots monomorphémiques; la performance est la meilleure pour les mots dérivés avec des suffixes très productifs."

     

      • [p. 292] "Cependant, pour les mots dérivés, des unités sublexicales existent sous la forme de morphèmes assez fréquents, et la déduction de la signification grâce à ces unités est un recours qui donne de plutôt bons résultats, avec un succès d'autant meilleur que les dérivations sont productives."

     

      • [p. 294] "Cet effet de fréquence du radical corroborerait le fait qu'aux faibles fréquences les enfants déduisent les aspects syntactiques et sémantiques de mots complexes sur la bases des morphèmes qui les constituent."

     

      • [p. 294] "À cet égard, il n'est pas surprenant que les jeunes enfants finnois sont plus sensibles à la structure interne des mots que les enfants indo-européens de leur âge."

     

    • [p. 294] "Ainsi, fréquence, productivité des suffixes et langue semblent tous influencer le rôle que joue la structure morphologique dans l'acquisition du vocabulaire."

    Et les auteurs de conclure ainsi leur article:

    • [p. 294] "La notion plus générale de cette étude est que les enfants bénéficient grandement de l'utilisation qu'ils font de la morphologie afin de déterminer la signification des mots. Ceci peut leur être particulièrement utile lorsqu'ils écoutent des discours ou lisent des textes comportant un nombre important de mots peu usités. Ainsi que montré dans cette étude, c'est particulièrement dans le domaine des faibles fréquences qu'ils seront aidés par leur amis morphémiques."

    Le lecteur intéressé est invité à lire l'article dans son intégralité. Malheureusement, seulement le résumé est disponible en ligne.

    D'autres études ont été menées sur l'impact de la langue (en général) sur plusieurs aspects de l'apprentissage, et sur celui du finnois en particulier. Mentionnons-en brièvement deux, où les auteurs mettent en exergue l'avantage procuré par une orthographe transparente:

      • [19, p. 23] "Parmi treize orthographes européennes, le finnois a l'orthographe la plus transparente et la structure syllabique la plus simple, alors que l'anglais a l'orthographe la plus complexe. Ceci explique vraisemblablement que les enfants finnois arrivent souvent à une lecture précise et relativement courante avant la fin de la première année scolaire."

     

    • [conclusion de 20, p. 168-169] "Selon cette interprétation, la lente progression dans les compétences de base à l'écrit de l'échantillon écossais peut être vue comme la conséquence inévitable de la complexité de l'orthographe et de la phonologie de l'anglais. Il se peut que la vitesse d'apprentissage puisse être influencée à la marge, retardée par un handicap socioéconomique (Duncan & Seymour, 2000), éventuellement accélérée par des modifications portées à l'enseignement de la méthode alphabétique, et est peut-être sensible au niveau de développement cognitif de l'enfant au moment de l'apprentissage de la lecture. Cependant, même lorsque ces aspects sont tous optimaux, il y aura toujours un coût lié à la réalisation d'un processus dual, lequel créera des différences irréductibles dans les rythmes de progrès entre d'une part l'apprentissage de la lecture en anglais ou autres orthographes opaques, et d'autre part l'apprentissage de la lecture dans une orthographe transparente."

    Conclusion et perspectives

    Les étudiants finlandais finnophones obtiennent de meilleurs résultats à l'enquête PISA que les étudiants finlandais suédophones, et ce contre tous pronostics liés aux facteurs socioéconomiques. Ceci est un signal fort que la langue joue un rôle plus important que ce que la plupart des commentateurs suggèrent.

    Des travaux scientifiques ont montré que la langue a une influence sur différents aspects de l'apprentissage. Les trois articles cités ci-dessus montrent que le finnois a plusieurs caractéristiques qui favorisent l'apprentissage. Citons parmi ces caractéristiques: une orthographe transparente, une structure syllabique simple, une morphologie (dérivationnelle) très riche.

    Par conséquent, il serait tout aussi absurde de prétendre que le finnois ne joue aucun rôle dans le succès de la Finlande, que de prétendre que le finnois explique tout. Les résultats à l'enquête PISA de n'importe quel pays sont nécessairement dus à l'interaction complexe de plusieurs facteurs.

    Afin de mieux comprendre la nature et l'ampleur des avantages que procure le finnois, il serait intéressant de réaliser des études comparatives entre les populations finlandaises finnophone et suédophone, par exemple sur l'acquisition du vocabulaire chez les enfants.

    Références

    [1] Future Learning Finland, http://www.futurelearningfinland.fi

    [2] Allez par exemple sur http://www.youtube.com et faites une recherche "Pasi Sahlberg" (conférences en anglais).

    [3] Voir, par exemple, le livre Salainen aapinen (WSOY, 2000), utilisé en CP, où l'on peut trouver des dialogues tels que (p. 66):
    - Si-nul-la on ki-va ve-li.
    - Sen ni-mi on Vil-le.
    - Voi-ko Vil-len ot-taa sy-liin?
    (etc.)

    [4] Statistics Finland, http://www.stat.fi/tup/suoluk/suoluk_vaesto_en.html#foreigners (en anglais)

    [5a] Why do Finland's schools get the best results?, http://news.bbc.co.uk/2/hi/programmes/world_news_america/8601207.stm (en anglais)

    [5b] Une éducation finlandaise, http://www.youtube.com/watch?v=JBAPf0DFp1s

    [6] The Programme for International Student Assessment (PISA), http://www.pisa.oecd.org/dataoecd/15/13/39725224.pdf (en anglais)

    [7] Par ailleurs, le same (parlé en Laponie) est reconnu comme langue régionale. Il y trois variantes de same parlées en Finlande: le same du nord (environ 3000 locuteurs en Finlande), le same Skolt (300 locuteurs en Finlande, quelques locuteurs en dehors de la Finlande), le same d'Inari (300 locuteurs, tous en Finlande). Davantage de détails sont disponibles sur http://www.ethnologue.com.

    [8] Statistics Finland, http://www.stat.fi/tup/suoluk/suoluk_vaesto_en.html#structure (en anglais)

    [9] Shareownership in Finland, Matti Ilmanen and Matti Keloharju, http://lta.hse.fi/1999/3/lta_1999_03_a3.pdf (en anglais)

    [10] FIM = mark finlandais. La Finlande commença à se servir de l'euro dans la vie courante le 1er janvier 2002. 1 euro = 5,94573 marks finlandais.

    [11] Suomenruotsalaiset elävät muita pidempään - miksi?, http://www.finland.se/public/default.aspx?contentid=114462&nodeid=36125&contentlan=1&culture=fi-FI (en finnois)

    [12] The Finnish success in PISA - and some reasons behind it - PISA 2003, Institute for Educational Research, University of Jyväskylä, http://ktl.jyu.fi/ktl/julkaisut/luettelo/vuosi_2007/d084, http://ktl.jyu.fi/img/portal/8317/PISA_2003_print.pdf (en anglais)

    [13] OECD PISA 2003: Young Finns among the World Top in Learning Outcome, Ministry of Education and Culture, http://www.minedu.fi/OPM/Tiedotteet/2004/12/oecdn_pisa_2003_-tutkimus_suomalaisnuorten_osaaminen_maailman_?lang=&extra_locale=en (en anglais)

    [14] PISA 2006, Ministry of Education and Culture, http://www.minedu.fi/OPM/Koulutus/artikkelit/pisa-tutkimus/pisa2006 (en finnois)

    [15] Mentionnons celles-ci:

    • Les phénomènes d'assimilation ne sont pas reflétés par l'orthographe. Par exemple, 'olenpa' ('je suis vraiment') se prononce 'olempa'.
    • Il n'y a pas de lettre pour la consonne occlusive nasale vélaire voisée. Par exemple, 'kenkä' ('chaussure') se prononce 'keŋkä' (en non 'kenkä'), et 'kengän' ('chaussure', génitif singulier) se prononce 'keŋŋän' (et non 'kengän').
    • Redoublement final ('loppukahdennus'). Par exemple, 'tervetuloa' ('bienvenue') se prononce 'tervettuloa' en finnois standard.
    • Des exceptions isolées. Par exemple, 'sydämen' ('cœur', génitif singulier) se prononce 'sydämmen'.

    [16] Suomen kielen rakenne ja kehitys. Lauri Hakulinen, Otava, 1979 (en finnois)

    [17] Take the Test - Sample Questions from OECD's PISA Assessments, http://www.oecd.org/dataoecd/47/23/41943106.pdf (en anglais)

    [18] The role of derivational morphology in vocabulary acquisition: Get by with a little help from my morpheme friends, Raymond Bertram, Matti Laine and Minna Maria Virkkala, http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/1467-9450.00201/abstract (en anglais)

    [19] Learning to Read: Reciprocal Processes and Individual Pathways, Marja-Kristiina Lerkkanen, thèse de doctorat, 2003, https://jyx.jyu.fi/dspace/bitstream/handle/123456789/13303/9513917827.pdf (en anglais)

    [20] Foundation literacy acquisition in European orthographies, Philip H. K. Seymour, Mikko Aro and Jane M. Erskine, British Journal of Psychology, 2003, http://lyddansk.dk/sites/default/files/files/Foundation%20literacy%20acquisition%20in%20European%20orthographies.pdf (en anglais)

    © Taksin Nuoret, 2013

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