• Vers une nouvelle guerre pour la ''méthode syllabique"? (L'Express, 08/01/2014)

    Vers une nouvelle guerre pour la ''méthode syllabique"?

    Claude Lelièvre, publié le 08/01/2014 à 15:27

    La dernière "guerre" des méthodes de lecture date de 2005

    La dernière "guerre" des méthodes de lecture date de 2005

    afp.com/Frank Perry

    On se souvient de la dernière en date, en 2005, alors que Gilles de Robien était ministre de l'Education nationale. Deux des protagonistes d'alors, Stanislas Dehaene (professeur au Collège de France) et Alain Gest (député UMP de la Somme) viennent de participer à une nouvelle offensive en ce sens. La chronique de Claude Lelièvre.

    Dans une tribune publiée par Le Monde le 20 décembre dernier, le professeur de psychologie cognitive expérimentale Stanislas Dehaene (qui avait participé en 2005 sur la demande du ministre de l'Education nationale Gilles de Robien à sa croisade pour la " méthode syllabique ") dénonce un ''scandale'' en se fondant sans autre précaution sur les résultats d'une étude menée par le sociologue Jérôme Deauvieau dans les écoles ECLAIR de la petite couronne parisienne: seuls 4 % des enseignants adopteraient une méthode syllabique, alors que c'est ce système qui réussirait le mieux aux enfants qui obtiendraient 20 points de réussite supplémentaires sur 100 aux épreuves de lecture et de compréhension. Mais il suffit pourtant de prendre connaissance de la façon dont cette étude a été menée et de ses limites méthodologiques pour avoir de sérieux doutes sur la solidité de ses conclusions. 

    Par ailleurs, le député UMP de la Somme Alain Gest, en compagnie d'une quarantaine de députés UMP, a déposé en juin dernier un projet de loi imposant le choix de la "méthode syllabique" pour l'apprentissage de la lecture : "il convient d'inscrire dans la loi le choix de la méthode syllabique d'apprentissage de la lecture qui se révèle bien plus efficace que la méthode mixte et qui a largement fait ses preuves ". 

     
     

    Alain Gest s'était distingué en 2005 en posant le premier à l'Assemblée nationale une question au gouvernement sur les méthodes d'apprentissage de la lecture qui avait donné l'occasion au ministre de l'Education nationale Gilles de Robien de commencer publiquement sa croisade en faveur de la méthode syllabique. 

    On notera par ailleurs que Florian Philippot, le vice-président du Front National, s'est également prononcé en ce sens dans un communiqué le 22 mai dernier : " L'école doit miser sur les méthodes classiques d'enseignement : apprentissage de la géographie sur des cartes, de l'histoire sur des frises chronologiques, de la lecture par la méthode syllabique".  

    Les doutes de Darcos et le veto de Fillon

     

    Mais il convient aussi de noter que toute la droite n'est pas rassemblée derrière ce mot d'ordre, loin s'en faut. C'est d'ailleurs ce qui avait contribué à l'échec de la guerre pour la méthode syllabique menée en son temps par Gilles de Robien (car, finalement, la circulaire minstérielle sur la lecture publiée le 3 janvier 2006 n'avait pas changé grand-chose à ce qui était préconisé jusque là...) 

    Xavier Darcos avait formulé de sérieux doutes sur l'immixtion du ministre dans la pratique des enseignants. Le 13 février 2006, dans Libération, François Fillon avait été catégorique : "Outre que cette querelle a été tranchée depuis longtemps, c'est selon moi contraire à la liberté pédagogique ". Et le programme de l'UMP pour les élections de 2007 ( suivi de très prés par Nicolas Sarkozy) avait été aussi très net et très circonstancié : "Nous refusons d'entrer dans la question de savoir si c'est par des méthodes répétitives, participatives, ludiques ou autres que les enfants apprennent le mieux. Nous pensons que chaque enfant est différent et que les personnes les mieux placées pour savoir ce qui est bon pour lui sont ses enseignants et sa famille. C'est pourquoi nous garantirons la liberté pédagogique des enseignants. Les programmes seront bien sûr nationaux. Mais les enseignants auront le choix des méthodes car aucune circulaire administrative ne remplace l'expérience de 10 ou 20 ans d'enseignement. Nous évaluerons les enseignants sur les progrès de leurs élèves et non par les méthodes utilisées". 

    C'est sans doute pourquoi, dans le thème 4 (sur la "révolution de l'Ecole") des "Idées fortes" de la "Droite forte " publiées l'été dernier ( et dont les principaux dirigeants se réclament du ''sarkozisme'') il n'y a strictement aucune évocation de la question des méthodes dans le passage important dévolu à l'enseignement du français: "L'illettrisme est aujourd'hui un fléau auquel sont confrontés de très nombreux professeurs. Parce qu'on ne peut pas maîtriser des connaissances solides dans chaque matière sans une maîtrise de la langue française, il faut augmenter les heures de français à l'école. Entre 1976 et les années 2000, un élève a perdu 800 heures de cours de français entre le CP et la 3ème, soit l'équivalent de deux ans et demi d'apprentissage. Pour pallier les grandes lacunes en grammaire et orthographe des jeunes Français, il est urgent d'augmenter les heures hebdomadaires d'apprentissage du français en primaire : jusqu'à 5h30/semaine en plus au CP, pour atteindre 15h hebdomadaires ; 2 à 3 heures de plus/semaine en CE1 et CE2 pour atteindre 9h30 ; et 2h30 supplémentaires en CM1 et CM2 pour cumuler 9h30 de français par semaine". 

    « Globale ou syllabique, ce n'est pas la méthode de lecture qui compte (L'Express, 15/09/2015)Lecture : Le rapport Goigoux vu de la classe (Café pédagogique, 16/09/2015) »

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